Encore ! Chaque trimestre, plus exactement une dizaine de jours avant la publication des comptes trimestriels de NVIDIA, la valeur du titre est comme figée, voire en baisse. La question est partout, sinon l’inquiétude : comment a évolué le chiffre d’affaires des mois passés par rapport aux trois précédents ? Sera-ce une hausse, une pause, une baisse ? Qu’est-ce qu’elle annonce ? A environ 180 dollars l’action, NVIDIA n’est plus à son maximum (historique) de 207 dollars début novembre, même si son chiffre d’affaires vient d’atteindre 57 milliards de dollars contre 54 anticipés, même si la société annonce une progression de 65% de ses ventes pour le trimestre en cours, avec une marge brute de 75%, même si le cours de bourse a gagné 28% en un an et s’il a été multiplié par 20 en cinq ! Cet incroyable succès va-t-il se poursuivre ? Les actionnaires de NVIDIA sont-ils insatiables ou victimes du syndrome de la bulle, celui qui fait croire que les arbres montent au ciel ?
De fait, quand NVIDIA « tousse », la finance mondiale craint de s’enrhumer. Rien de surprenant : la société a une capitalisation de 4500 milliards de dollars, la première au monde, soit 7% du S&P 500 (les 500 premières valeurs américaines). C’est bien assez pout faire dévier la bourse américaine au sens large, donc toutes celles du monde. Avec de tels succès, la société NVIDIA change, comme Midas, tout ce qu’elle touche en or. La voilà qui vient d’entrer dans Revolut, une Fintech britannique qui inquiétait, exposée à des enquêtes des autorités pour des questions de conformité et de transparence dans ses comptes. Rien que cela. Mais c’était « jadis » (il y a six mois). Désormais, lors de son dernier tour de table, avec une levée d’un seul milliard de dollars, cette fintech en vaut 75 contre 45 l’an dernier, pendant que la BNP reste à 80 !
Ce qui soutient cet optimisme, pour une valeur estimée à 50 années de résultat, contre 8 pour BNP, c’est qu’il devrait continuer. Comptent évidemment, dans ces « anticipations », le talent de son patron et de ses ingénieurs, mais aussi, et surtout, l’appui direct de Donald Trump. Il a permis à NVIDIA de vendre à la Chine ses puces de dernière génération (elles y seront désossées), contre l’assouplissement des restrictions chinoises pour l’exportation des « terres rares ». Bref : un deal.
NVIDIA devient ainsi le sommet de la valorisation mondiale des profits qu’amène la révolution technologique. La face du monde boursier en est changée, passant des GAFAM aux BAATMMAN : Broadcom, Apple, Amazon, Tesla, Microsoft, Meta (ex-Facebook), Alphabet (maison mère de Google) et enfin, bien sûr, NVIDIA. Avec leurs énormes moyens financiers, et plus encore l’engouement boursier qu’ils suscitent, ces sociétés peuvent préempter toutes les licornes américaines, plus quelques européennes souvent en peine pour avancer. Plus encore, elles peuvent attirer les talents en leur offrant perspectives de carrière et rémunération battant les concurrents. La grande nouveauté de cette révolution est en effet sa propension à s’étendre sans problème : la seule difficulté est d’innover avec succès dans « la » puce qui fera la différence, permettant des logiciels de grande taille, avec d’énormes capacités de calcul, sans consommer trop d’électricité… ni trop chauffer. C’est le succès mondial de cette chaîne unique des dessinateurs et producteurs de puces (depuis ASML aux Pays-Bas à TSMC à Taïwan) qui est à l’origine du succès fulgurant de ChatGPT et de ses successeurs.
Une industrie naît en effet, à partir de ce qui a été produit dans les décennies précédentes, pour écrire des articles, des discours, des livres, des chansons, des logiciels, sans se soucier des droits d’auteur, puisque « la » source d’inspiration a disparu, diluée. Surtout, grandir ne fait plus baisser les performances et monter les prix : la terrible loi des déséconomies d’échelle ne joue plus. Levez-vous, monopoles mondiaux ! Monte, NVIDIA !
Mieux, on découvre que ChatGPT ne passe plus 70% de son temps à écrire. Il parle, dessine, fait des films, loue ses services à des entreprises… ou des pays ennemis. Surtout, il aide à trouver des molécules, des procédés, des idées. NVIDIA source mondiale de l’innovation ?
Ce serait mal connaître le capitalisme. Le cours de NVIDIA se met à baisser sur des rumeurs selon lesquelles Meta négocierait l’achat de puces Google ! Rien de tel qu’un marigot pour se battre entre gros alligators. Y a de la bulle dans l’IA, parce qu’Y a du sang.
