Fed contre BCE : la bataille des deux banques centrales

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 Fed contre BCE : la bataille des deux banques centrales

La bataille devait venir entre ces deux banques centrales, malgré leurs précautions oratoires. L’américaine d’abord, la Fed, qui est de plus en plus tributaire de Donald Trump, un Président qui sait pourtant qu’elle est indépendante de lui, mais qui ne s’y fait pas. Il mène en effet une politique de plus en plus agressive, droits de douane et immigration par exemple, qui contraint la Fed à changer de narratif en chevauchant l’IA. L’européenne ensuite, la BCE, indépendante elle aussi en droit de par les Traités, mais plus encore en fait, car elle est en contact avec 20 pays, et 27 dans son cercle élargi ! Chacune des deux peut donc répéter qu’elle est indépendante de « l’autorité » et aussi entre elles, mais leurs indépendances diffèrent. Les preuves arrivent.

Le 17 juin, c’est la Fed qui vient ainsi de s’exprimer. Elle a tranché, par la voix de son nouveau Président Kevin Warsh : les taux courts vont rester à 3,5-3,75%. Donald Trump n’a pas eu sa baisse – ce qui était quand même impossible avec une inflation à 4,2% qui dépasse l’objectif de… 2% à moyen terme. Sachant quand même que 4 membres du comité (FOMC – Federal Open Market Committee) voulaient une hausse à la réunion des 28 et 29 avril : ils n’ont pas disparu, mais ont décidé d’attendre. La signature du protocole d’accord avec l’Iran à Versailles et les premières baisses des prix de l’essence n’ont pas encore suffi. Mais l’on note que l’IA entre de plus en plus en scène, avec la croissance non inflationniste qu’elle promet sans embauche grâce à la productivité, aux USA surtout, puisque les super programmes d’Anthropic (Claude Fable 5 et Mythos 5) étaient d’abord interdits aux entreprises étrangères. On aura compris que la Fed fait tout, sans oublier des règles moins strictes pour les crédits, pour avoir plus de croissance, sans freinage des taux. Les bourses américaines l’ont compris et adorent, le Nasdaq surtout. Et une voix a voté pour une baisse des taux : qui ? Warsh ? On ne saura pas : les règles ont changé !

Le 11 juin 2026 par contre, la Banque Centrale Européenne augmentait son taux d’intérêt directeur à court terme de 25 points de base à 2,25%. L’analyse très classique de Chistine Lagarde ne peut surprendre : l’inflation totale devrait s’établir à 3,0 % en 2026, 2,3 % en 2027 et 2,0 % en 2028. Pour l’inflation hors énergie et produits alimentaires, le scénario de référence serait même une inflation de 2,5 % en 2026 et 2027, et 2,2 % en 2028. Il faut donc monter les taux : l’accord est unanime.

Évidemment, on trouve derrière ces calculs les effets de la guerre au Moyen-Orient, mais pas seulement. Il ne s’agit pas uniquement ici des conséquences du blocage du détroit d’Ormuz. En effet, la BCE s’inquiète des conséquences de ces guerres sur la confiance, sur l’incertitude qui peut gagner les ménages et les entreprises, au détriment de la croissance, commençant de plus en plus à alimenter des hausses de salaires, donc l’inflation, par temps de productivité modeste. Ceci survient au moment même où la croissance est faible dans l’Union européenne : 0,8 % en 2026, 1,2 % en 2027 et 1,5 % en 2028, une croissance revue en baisse.

La BCE sait donc qu’elle marche sur des œufs, risquant d’affaiblir une expansion déjà modeste, en pleine guerre avec l’Ukraine, le Moyen-Orient et sans oublier l’IA. C’est bien pourquoi « le Conseil des gouverneurs ne s’engage pas à l’avance sur une trajectoire de taux particulière ». Finie donc la forward guidance pour nous sortir de la crise des subprimes du temps de Mario Draghi. Retour en arrière : « We do not pre-commit » disait avant lui Jean-Claude Trichet, comme aux plus beaux jours de la BUBA, la banque centrale allemande. Nous ne pouvons donc plus expliquer comment nous allons atteindre 2% : il suffit de nous croire et d’attendre, dit la BCE actuelle.

La Fed préfère pousser les feux dans son pays, avec sa population, son IA, sa puissance hard et soft, sans oublier son pétrole. La BCE respecte sa mission à la lettre, dans une économie plus poussive. Les deux laissent tomber la forward guidance, pour cause de souvenir de la BUBA côté BCE, d’Alan Greenspan et de son obsession de la productivité côté Fed. Mais on ne peut oublier que la baisse des taux longs a entraîné ici la bulle immobilière, et là-bas le goût des innovations et du profit, sans s’inquiéter des risques, et l’on a les subprimes.

Fed et BCE : deux économies et, au moins autant, deux mentalités.