Sérieux ? Pourtant, on nous dit que ses faiblesses sont multiples, bien connues et emplissent les médias, si soucieux de montrer leur indépendance. Pourtant, la France tient debout. Le 14 juillet a vu défiler plus de soldats, plus d’armements, plus de responsables militaires de la coalition des volontaires, avec plus de spectateurs. Le Président Zelensky était l’invité d’honneur, aux côtés du Président Macron, avec plusieurs chefs d’état et de gouvernement. Elle tient debout, après les Gilets jaunes, le Covid, les canicules, les feux de forêts, en pleine précampagne présidentielle, dans une Europe sous pression.
Forces de la France ? C’est donc à voir, car le budget 2027 approche. Il sera l’épreuve de vérité, ou plutôt de réalité, en avance des programmes quinquennaux. Car il faudra bien cesser de se lamenter sur ce qui nous manque, docteurs, bureaux de poste, climatiseurs, enseignants, plus les sous bien sûr, si nous refusons les chiffres et la nouvelle réalité qui se profile, avec son cortège de changements et d’exigences. Cette nouvelle réalité concerne le monde, tel qu’il ne cesse de changer, avec plus de tensions, de découvertes et de solutions. Pour le futur à long terme, celui que nous ne pouvons méconnaître, nous ne pouvons prétendre non plus être surpris par les tendances longues qui le transforment. Il nous faut donc nous y préparer et nous y renforcer.
Le monde voit son climat changer. Confirmation depuis le premier Sommet de la Terre à Rio en 1977, où la déclaration commune stipulait que « le droit au développement doit être réalisé de façon à satisfaire équitablement les besoins relatifs au développement et à l’environnement des générations présentes et futures ». « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » déclara plus tard Jacques Chirac au IVème Sommet en 2002 à Johannesburg, en Afrique du Sud. C’est surtout à Paris, en 2015, qu’est adopté le fameux « Accord de Paris » et signé par 194 États et l’UE en 2021. Nous ne pouvons donc jouer la surprise, même si la crise, comme toujours, devance les prévisions. Il faut réagir davantage, ensemble, vite, partout, en demandant à chacun des solutions adaptées, avec les programmes et moyens que ceci implique.
Moins de monde dans ce monde ? Oui : moins d’enfants, avec plus de seniors. Nous sommes désormais 8 milliards, nous serons 10 dans 25 ans, ce qui devrait être le maximum de l’espèce, avant de perdre 700 millions d’habitants en 2100. En France, nous étions 69 millions en janvier 2026, 6000 de moins sur un an, le premier solde naturel négatif depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en attendant une perte de 6 millions d’ici 2070. Il faut donc, là aussi, se préparer : nous ne pourrons pas dire que nous sommes surpris.
Moins d’emploi, car plus d’IA partout ? Non, cette logique est trop mécanique. Oui l’IA est partout, mais ce n’est jamais la même : elle s’adapte aux besoins et aux capacités de chacun, avec chacun. C’est en cela qu’elle suscite des gains de productivité immédiatement compensés, permettant plus de chiffre d’affaires avec plus de prestations, donc des baisses de prix qui échappent aux mesures, et sans embauche. Une croissance modeste, de plus en plus mal mesurée dans son aspect qualitatif, à effectif constant avec une diffusion des connaissances et des pratiques. L’IA est une révolution générale, avec des ingénieurs en amont bien sûr, mais une diffusion large, par son utilisation. Il faut des experts pour dessiner et produire des puces Nvidia, mais tout le monde peut utiliser ChatGPT, les jeunes le savent bien ! Ce sont nos nouvelles forces.
Attention alors à ne pas céder à notre goût de la complication, estimant lutter contre la complexité. Pensons à ce manuel pour une période « de tension ». On y lit : « Appliquez la mesure 81 faisant jouer toutes les dispositions de la mesure 49, à l’exception des décisions d’ores et déjà entrées en vigueur par application de la mesure 93, si celle-ci, d’aventure avait devancé, dans l’ordre des temps, la place qu’eût semblé lui assigner son numéro… Allez vous étonner, dans ces circonstances, que des erreurs aient été commises ». Quelles circonstances ? Celles de « L’étrange défaite » que décrit Marc Bloch (Société des Éditions Franc-Tireur, 1946, page 81).
Avons-nous simplifié depuis ? Allons-nous accepter les réalités qui sont les nôtres pour y faire face ? Nous avons vécu 40 ans de crémaillère économique, « d’avantages acquis » qui ne peuvent plus l’être. Les forces de la France, aujourd’hui, c’est pour vouloir changer.
