Les Français, malades de la dette

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 Les Français, malades de la dette

Un mal qui répand la terreur,

Mal que chaque parti, en sa frayeur

Inventa, pour garder ses circonscriptions.

La Dette publique, puisqu’il faut l’appeler par son nom,

Depuis cinquante ans s’entassait à Bercy.

Elle mettait l’économie à sa merci,

Donc la France aussi. Elle inquiétait les prêteurs,

Faisant monter les taux, prix de leur peur.

Certains élus, de gauche extrême, affinaient

Leurs projets. Leurs critiques montaient

Contre les riches, pollueurs et nuisibles milliardaires.

Il fallait qu’ils payent et brûler notre dette, que

La BCE avait achetée, pendant que

L’on augmenterait les salaires du privé et du public.

Devoir moins, dépenser plus : chasse au fric !

Pour eux, la dette venait d’ailleurs :

De riches qui trichaient ou de pays voleurs.

En face, d’autres partis, tristement raisonnables

Cherchaient à réduire impôts et dépenses.

Mais c’était se couper la panse !

Chez tous, nul autre projet ne les tenait en vie

Que tuer celui qui, de leur fief, se mourait d’envie.

Mais sans dette, plus de croissance, de subventions,

Donc, risque majeur : plus de réélection.

Rigueur, comptes, engagements, sérieux,

Conditionner les aides : rien que de l’ulcéreux !

Il fallait à tous avancer en terrain miné.

Le Président sifflé, le Premier ministre conspué,

Nos élus, inquiets du problème, se montraient

Que depuis des années ils se passaient.

A l’Élysée, face à l’émeute qui montait,

Une réunion de crise se préparait.

Avec l’idée d’endiguer la marée,

Une conférence télévisée fut promptée :

« Françaises, Français, notre dette est montée

Depuis 1975. A qui donc la faute ?

Que le plus coupable d’entre nous, d’un pas, saute,

Commença le Président, sentant sa fin prochaine.

Réduisons cette tumeur malsaine.

Je m’offre en expiatoire victime.

Par cela, peut-être aurais-je guérison de nos crimes.

De ce dévouement, nos vieux livres attestent.

Je commencerai donc, en offrant ma teste.

« Mon crime fut la dissolution de la Chambre.

Je craignais les extrêmes et le ridicule de ses membres

Se battant entre eux, sans voir où ils nous menaient.

Alors critiqué de tous, la République, sauver j’aurais. »

Mais que non, Président : tous les élus se récrient,

Vous eûtes raison d’épargner cette boucherie !

Vous nous permîtes plus d’une année de paroles.

Non point d’idées, tel n’est pas notre rôle.

A nous les plateaux, chaînes, places et médias,

Pour vanter nos projets, promouvoir les dépenses.

D’économies, de fait, nul ne parla.

Tous étaient de petits saints, la dette hors leur compétence.

Pour eux, droite ou gauche, elle venait d’ailleurs.

De l’inflation, à compenser,

Des inégalités, à résorber,

De la misère, à éradiquer,

De soutiens psychologiques, à augmenter,

Des formations, à améliorer,

Des forêts, à replanter,

Des conduites d’eau, à vérifier…

Comment pouvoir les critiquer ?

Les opposants, qui allaient devoir payer,

N’étaient pas encore nés.

Tous sauf un, élu des Pyrénées,

Mal dégrossi, presque sans valeur :

« Moi, dit-il en son patois plein de saveur,

J’ai proposé que le pain au chocolat pût s’appeler,

Chocolatine, par une loi, chez le boulanger. »

A ces mots, on crie haro sur l’accent étranger,

Ce pelé, ce galeux, dont venait tout le mal.

Hors du Parlement ! Le désert ! Le pal !

Au prochain scrutin il faudra le battre, ce dérangé.

Selon que vous parlez bien ou mal à la télé,

Vous serez loué, ou la dette vous sera attribuée.