Depuis le mois de juin, notre compréhension et notre vocabulaire en matière de feux se sont enrichis. Nous savons désormais qu’ils obéissent à des conditions propices : sécheresses de l’air, du sol et masses d’herbes folles, vent soutenu voire changeant, plus quelques comportements irresponsables ou fous, et le voilà qu’il nait, dévore forêts et maisons. Quelles découvertes ! Le feu, tel un ogre, avance alors à grande vitesse, saute, se rit des douches qu’on lui envoie du ciel, patiente aux côtés des rouges retardants. Finalement, épuisé pas les jets d’eau, surtout quand ils se font proches, battu par les hommes et leurs pelles, le voilà « circonscrit ». Bientôt, il sera « fixé » (sur son sort). Encore quelques jours, et le voilà « noyé ». Un mauvais souvenir, mauvais si on n’en tire pas de leçon, de « retour d’expérience » comme on dit maintenant.
Allons-nous transmettre ce savoir au Parlement, quand s’approchent les discussions budgétaires ? Bientôt, venant de Bercy, leurs Canadairs enverront des lettres de cadrage pour tenter de fixer les débordements de nos dépenses. Louables efforts, contre les vents des besoins sociaux, toujours accrus, qui assèchent les liquidités des entreprises, grandes ou petites, plus des ménages, sans oublier les vents du Sahara, les blocages d’Ormuz, les Opérations militaires spéciales russes, plus quelques virus qui s’étendent. Le tout dans un pays appauvri, qui ne peut réagir qu’en sélectionnant dans ses dépenses, sans oublier des coupes, au milieu des huées et des manifestations.
Ce qui s’est passé en Gironde et dans le Var nous a montré qu’il n’y a rien de tel pour réussir face à l’épreuve que le courage des pompiers, que le calme et la mesure des maires, la solidarité des voisins, des agriculteurs, des Européens. Allons-nous comprendre qu’il ne sert à rien de nous lamenter sur le manque de Canadairs venant d’une entreprise qui vient de se remettre à en produire, après avoir cessé de le faire, faute de demande ? Allons-nous arrêter de critiquer les pompiers qui protègent les riches demeures du Cap Ferret, au détriment des plus humbles maisons des alentours, sans écouter leurs explications : le Cap Ferret, étroite bande de terre desservie par une seule voie, risquait d’être un piège mortel, si le feu s’y engouffrait ? Allons-nous comprendre que la jalousie est un fléau, quand la concurrence est mondiale, chinoise et américaine, pour se partager le monde ?
Allons-nous unifier nos forces pour aider l’Ukraine et mettre en commun nos capacités d’espionnage, d’information, de riposte et de désinformation, ou continuer à avancer chacun de son côté, à plus de vingt ? Allons-nous refuser la mathématique de la retraite par répartition quand il y a moins d’enfants et plus de séniors ? Allons-nous accepter la révolution technologique en cours qui implique des mises de fond énormes pour entrer sur le marché de l’intelligence artificielle, y risquer beaucoup, puis y gagner bien plus en cas de succès à quelques-uns (sans s’obnubiler sur d’anciens indicateurs de concurrence et d’inégalité), pour résister à la domination chinoise ou américaine ? Allons-nous comprendre ce qu’implique la souveraineté européenne ? La discussion qui vient sur le budget nous permettra de répondre.
Les députés savent-ils que la dette à 30 ans de la France, celle qui restera quand ils ne seront plus au Palais Bourbon, est à 4,8%, pesant sur les épaules de leurs électeurs futurs ? Ils n’en ont pas conscience quand ils votent les dépenses. La fabrication du budget 2026 se fera-t-elle poste de dépense par poste, en fonction des règles, indexations et lois antérieures, plus les demandes nouvelles qui seront évidemment approuvées, sachant que les hypothèses de croissance donneront des recettes modestes, donc qu’un déficit croissant en adviendra, qui serait « atténué » par de nouveaux impôts ?
Mais on pourrait trouver là une autre logique, en commençant par les besoins à long terme venant de la sécurité interne et externe (armement, ingérences étrangères), plus ceux visant à réduire les effets des changements climatiques sur les logements, les bâtiments, les transports, sans oublier les investissements liés à l’intelligence artificielle (startups, fiscalité et formations), plus le montage de fonds de capitalisation, pour sortir de sa crise la retraite par répartition. Évidemment, cette démarche est condamnée, sauf à adopter une logique stratégique, bien expliquée… pour ne pas mettre le feu au Parlement !
