Vous entrez au Conseil de la Banque Centrale Européenne

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 Vous entrez au Conseil de la Banque Centrale Européenne

L’Élysée : Félicitations ! Vous voilà, par décision du Président Macron, remplaçant du Gouverneur de la Banque de France qui part dans l’équipe d’Edouard Philippe. Il veut éviter toute mise en cause de l’indépendance de son institution. Vous percevrez alors, si les Chambres ne s’y opposent pas (ce qui est vraisemblable), 310678 euros bruts par an comme salaire de base, plus 6399 euros mensuels (imposables) d’indemnité de logement, soit 500800 euros annuels. C’est certes moins bien que les 741000 euros de Christine Lagarde à la BCE, mais plus que les 230000 dollars (plafond de la loi fédérale) pour Kevin Warsh, Président de la Banque centrale américaine et surtout que les 12457 euros bruts mensuels du Président de la République française. Cela devrait donc suffire.

Pour ce montant, vous participerez à des émissions de radio et de télévision, à des conférences, ferez des discours. Surtout, vous assisterez aux 8 réunions par an, espacées de six semaines, consacrées à la politique monétaire. Ce sont celles où se décident les taux — décisives. En plus, vous participerez à des réunions, mensuelles et « hors politique monétaire », consacrées à la gestion et à la supervision bancaire. Tous vos frais sont pris en charge par la banque.

Le candidat : C’est tout ?

L’Élysée : Non. Un rythme soutenu mais pas épuisant, compte tenu du fait que vous serez aidé par des spécialistes pour les données et l’écriture des discours, plus des « éléments de langage », autrement dit des réponses préparées. Passons aux travaux pratiques et voyons, dans une sorte de replay, la dernière réunion du comité des gouverneurs du 10 septembre 2026.

Christine Lagarde : Bonjour à tous. Je déclare ouverte cette réunion et passe la parole à Phillip Lane, notre chef économiste, pour cadrer nos échanges.

Phillip Lane : Bonjour à tous et entrons dans nos prévisions : pour l’inflation, nous tablons sur 3% en moyenne en 2026, puis 2,5% en 2027 et 2,1% en 2028. Hors énergie et nourriture, l’inflation sera de 2,5% en 2026 et 2,6% en 2027, puis 2,3%. Pour la croissance, ce seront 0,9% en 2026, puis 1,4% en 2027 et 1,5% en 2028. C’est plus d’inflation que notre objectif à moyen terme : 2%. Dans ces conditions, je propose qu’on relève de 25 points de base nos trois taux d’intérêt centraux.

Il faudra que vous connaissiez ces taux, les objectifs de la BCE et les principaux termes anglais qui circulent comme forward guidance (guidage des taux), que vous direz ne pas pratiquer, plus quelques acronymes (Fed, pour banque centrale des États-Unis). En deux ou trois jours, vous saurez tout. Et bien sûr, vous dites oui.

Le candidat : C’est tout ? Pas non ou autre chose ?

L’Élysée : Ce n’est pas tout, c’est l’essentiel. Et vous êtes toujours d’accord avec la proposition, avec la tolérance de la BCE avec nos déficits, c’est bien le moins ! Vous verrez, c’est répétitif.

Le candidat : Et les conférences de presse ?

L’Élysée : Alors là, il faut ne jamais vexer celui ou celle qui vous pose une question. Ne jamais dire ou manifester qu’elle est bête. Certes, ils en savent autant que vous sur la politique monétaire, mais dites toujours que leur question est importante. Prenez votre temps, aucun mépris. Regardez ce que fait Kevin Warsh à la Fed : on voit qu’il trouve les questions banales et sans intérêt. Il a expédié sa dernière conférence en 28 minutes, les journalistes sont là pour 60. Il va le payer.

Le candidat : Et si on me demande comment une hausse des taux de 25 points de base fait baisser le prix du pétrole à Ormuz ?

L’Élysée : C’est toujours pareil : on pourra vous demander aussi comment une hausse de taux ramène la paix à Kiev. Ignorez la provocation et répondez que votre politique est globale, qu’elle entend réguler la demande à moyen terme en pesant surtout sur les anticipations.

Le candidat : A force de répéter 2% d’inflation, on y arrive ?

L’Élysée : Pas tout de suite : il faut passer par les patrons, qui augmenteront moins les salaires.

Le candidat : Mais ils vont se plaindre que les taux vont monter pour leurs investissements et la consommation !

L’Élysée : C’est le jeu : pour avoir moins d’inflation à terme, il faut plus d’investissement de productivité. Ils se plaignent… pour y être contraints.

Le candidat : Vous voulez dire que tous, avec les marchés, jouent la comédie ?

L’Élysée : Plus ou moins bien. Alors, ma proposition ?

Le candidat : Je comprends le salaire, je vais réfléchir.

L’Élysée : Vous avez jusqu’à ce soir.