IA (ou SI, comme Trump le veut) : ces lettres, CAPITALES, ouvrent la porte d’un nouveau monde, avec sa logique, ses règles et puissances. Comment y avancer et, si possible, y réussir ? Pour répondre, il faut se dire que l’IA commence par une gigantesque course… de fonds, autrement dit par une gigantesque promesse de résultats techniques, commerciaux, et donc financiers. Si vous n’avez pas assez de liquidités, n’entrez pas dans l’arène. Si vous n’en avez pas au moins autant que les autres, sachez que vous ne jouerez pas longtemps.
En effet, à ce jeu d’IA, pour se lancer aujourd’hui, il ne suffit plus d’un garage pour assembler et souder des pièces. Il faut des mathématiciens hors pair qui trouveront un algorithme qui gèrera mieux les informations passées pour prévoir celles qui suivront. Et pour prévoir plus, plus vite et mieux, il faut avoir ingéré plus de textes et de savoirs que les autres. Si un joueur fait mieux que vous dans les permanentes joutes qui opposent les concurrents, il sera critiqué la première fois, oublié la seconde s’il ne s’améliore pas — et sa mise sera perdue. Il n’y a pas de marché d’occasion pour les algorithmes dépassés.
Et s’il gagne, c’est pour pouvoir continuer, grâce à une valorisation boursière qui en fait un maître (potentiel) du monde, en tout cas lui permet d’augmenter les mises. Le milliard (de dollars) sera bientôt l’unité de compte : pour 10 millions que vous aurez récoltés, le marché vous dira que vous en valez 100, vous permettant d’en avoir 50 de plus et ainsi de suite par multiples de 10, puis 20, 50, 100. Jusqu’au milliard de valorisation boursière, vite dépassé. Ne vous souciez pas de dividendes, mot de l’ancien monde. Ce qui guide, c’est le cours de bourse futur, fonction de l’annonce de la nouvelle prouesse, de la nouvelle puce, donc du nouvel appel à l’épargne réussi, donc d’achats de concurrents plus petits, plus jeunes, éventuellement plus prometteurs, en tout cas plus menaçants. Et ainsi de suite.
Tout passe très vite : Il fut un temps où ChatGPT nous sidérait, faisait des vers, des dissertations et des poèmes en quelques secondes. Le voilà, avec ses successeurs, à écrire des romans, à coder des programmes, à nous obéir, à piloter des machines, à faire et à faire faire. Le temps de la surprise est passé, est venu celui de l’admiration. Arrivent aujourd’hui les inquiétudes et les peurs : le nouveau programme va-t-il nous remplacer, la machine nous licencier ? On sait bien que l’électricité a dépassé la bougie et anime toutes nos machines, avec nombre d’électrocutions. Le véhicule automobile a fait disparaître le véhicule hippomobile, au grand dam des cochers (et des chevaux). Et ainsi de suite : plus de PIB, de richesses, mais aussi plus de pollution et d’inégalités. La croissance ne va jamais seule, jamais partout, et surtout jamais à la même vitesse. Ainsi, nous vivons aujourd’hui la révolution industrielle de l’information, non plus de l’énergie. C’est la première fois qu’elle conquiert ce pouvoir, en fait tout le pouvoir, partout, à la vitesse de l’électricité.
Rien de surprenant donc si avancées et risques vont, en même temps et à l’échelle. Rien ne va plus, et surtout aussi vite. La nouveauté majeure de l’époque vient du fait qu’elle menace les frontières spatiales et temporelles, donc les pouvoirs industriels et politiques. La difficulté à se projeter dans un futur aussi éclaté est manifeste, à la fois pour les ménages, les entreprises et les responsables publics. Ce brouillard est idéal pour l’avancée des… troubles, au bénéfice des plus forts, ceux qui peuvent miser plus.
Tout est donc fait pour alimenter la machine IA. Électricité d’abord, en quantité et aux meilleures conditions, avec l’essence aux États-Unis, le nucléaire en France, du soleil et du vent en Espagne, du lignite en Allemagne : pour l’IA qui en consomme de plus en plus, c’est crucial. Ingénieurs ensuite, par milliers, pour chercher les algorithmes et les améliorer. La Chine gagne alors en nombre, suivent les États-Unis. Puis viennent divers pays d’Europe, mais pour des composants. Argent toujours, depuis le début et de plus en plus, avec des règles qui s’assouplissent aux États-Unis pour les investisseurs et les banques et en Chine aussi, qui joue de manière plus secrète. La bulle de l’IA est le risque connu de tous, l’enjeu est la place de premier.
États-Unis contre Chine : l’IA réorganise l’économie et l’économie politique mondiale. Ne pas y jouer, c’est perdre.
