Le 1er octobre 2026, le Trésor français cherchait 12 milliards d’euros. Il les a trouvés, notamment 6,271 milliards à dix ans, moyennant un taux fixe de 4,93%. Le double, soit 12 milliards, a été offert aux enchères, dont 6 à un taux plus élevé et n’a pas été « servi ». Tout va donc bien ! Il faudra que ceux qui veulent prêter attendent « un peu » pour avoir plus, compte tenu des situations mondiale et nationale, tendues, sur le marché de l’épargne. En effet, ce même jour, le Trésor a cherché 2 milliards à 22 ans, pour le 25 mai 2048. Il les a trouvés, mais à 5,4%. Le monde entier cherche de l’argent et le paye plus cher : 5,2% à dix ans aux États-Unis, 5,4% au Royaume-Uni, 3,5% en Allemagne et 16,9% en Russie.
Les marchés financiers sont bien au courant de ce qui se passe en France : les besoins à moyen et long termes de financement de l’État seraient de 340 milliards d’euros sur les marchés en 2027, contre 310 en 2026. Sur ce montant, environ 189 milliards rembourseront les dettes qui arrivent à échéance, autrement dit prolongeront (« rouleront ») la dette existante. Le complément financera le déficit budgétaire prévu (aujourd’hui), autrement dit augmentera la dette totale. Nul besoin d’être expert-comptable pour savoir que nous nous endettons pour (ne pas) payer les intérêts : 72,9 milliards d’euros de frais sont ainsi prévus pour cela en 2027.
Les chiffres sont sans appel : la croissance réelle prévue pour 2027 en France serait de 0,7% avec un taux d’intérêt réel de 3% (soit 4,7% – 1,7% d’inflation) : le coût de la dette croît plus rapidement que la croissance. C’est la spirale de l’endettement. Comment l’arrêter ? Pas facile : à la différence de la crise de la dette de 2008 aux États-Unis (subprimes) qui avait amené celle des finances publiques en Europe (Irlande, Grèce, Portugal, Espagne), suite à l’éclatement de la bulle immobilière, un double phénomène apparaît avec une hausse des prix d’un côté, des taux de l’autre. Il prend en tenaille l’économie française, or ces deux phénomènes lui échappent largement.
La hausse des prix à la consommation, qui pèse sur la croissance et alimente la colère du public, vient en effet pour beaucoup de ce qui se passe en Russie et en Iran, avec l’envolée des prix du gaz et des carburants, plus les inquiétudes guerrières et la hausse des programmes d’armement. C’est donc un phénomène mondial qui frappe une France dépourvue de ressources fossiles et militairement en retard. Par ailleurs, la hausse des taux d’intérêt vient de l’extérieur, avec la pompe à financements que suscite l’Intelligence Artificielle. L’oligopole mondial d’origine américaine de l’IA – Microsoft, Alphabet (Google) et AWS (Amazon) pour le Cloud et Open AI, Anthropic, Google et Nvidia pour les semi-conducteurs et modèles – ne cessent en effet de solliciter les marchés actions et obligations. Ils ont d’insatiables besoins financiers pour entraîner leurs machines et, au moins autant, pour s’étendre, grâce à des valorisations boursières qui font immanquablement penser à une bulle, comme c’est le cas dans toute révolution industrielle.
Entre Ukraine, Russie, Iran, Chine, États-Unis, guerres, IA… la France est en surendettement, sans énergie fossile, avec un prix de l’électricité trop bas, qui handicape ses capacités d’énergie nucléaire au lieu de les soutenir. La liste est longue de nos problèmes, sans temps ni argent pour les traiter. Nous sommes coincés, sans même les lycéens.
Sortir de cette nasse demande une action résolue sur deux fronts, et pas seulement pour la France. Le premier concerne la BCE : elle ne peut que répéter sa stratégie de ramener peu à peu l’inflation à 2%, en pesant sur les « effets de second tour » (essence-inflation). Il lui faudra donc espacer ses hausses de taux : vigilance sur l’inflation, pour ne surtout pas alimenter la hausse des taux longs. Sur le second front, l’accent doit porter sur la croissance, notamment pour tenter de rattraper le retard pris avec l’IA, dans une action autant que possible européenne. L’IA requiert des moyens qui dépassent ceux de la France et de l’Allemagne, et ne sont compatibles qu’avec l’union de tous ses membres. Une politique industrielle au niveau de l’Europe, et financée par elle à long terme, est donc indispensable.
Nos politiques sont-ils nuls en économie ? Il n’y a pas qu’eux ! En France et ailleurs, face aux problèmes et aux risques existentiels qui sont devant nous tous, nous voici enfin tous ensemble. URGENT !
