Point Godwin ? Dans toutes les discussions, le « point Godwin » se rapproche, référence à la « loi de Godwin ». Elle renvoie à une hypothèse, provocatrice, avancée en 1990 par Mike Godwin (avocat américain) selon laquelle : « Plus une discussion en ligne se prolonge, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de un. » Normalement, quand ce point est atteint, la discussion cesse, par manque de pire argument. Un grand silence se met alors à régner, sauf que les dernières élections en Saxe-Anhalt relancent le débat puisque le danger s’approche, personnifié.
Sans aller jusque-là, nous voyons que l’élection présidentielle française avance dans les esprits plus vite que dans le calendrier : elle s’annonce pour les 18 avril et 20 mai 2027, au risque de tout déformer. Voilà qui trahit la nervosité ambiante, en lien avec les enjeux du scrutin. Il est dans tous les esprits, depuis la dissolution de la Chambre du 9 juin 2024 : ceci fait presque 3 ans de campagne ! Faute aujourd’hui de connaître les candidats déclarés, ou les victorieux des primaires qui se profilent, ou les admis à concourir avec leurs 500 signatures ou les principaux chiffres qu’ils avanceront, donc les critiques et les risques encourus, faute d’avoir lu les papiers qui ont circulé, nous en sommes réduits aux comparaisons et aux extrapolations.
En plus, cette position, déjà complexe, l’est rendue plus encore par une situation économique qui se détériore et un contexte géopolitique qui empire, avec l’incertitude qui naît de trente (?) candidats en lice. Vont-ils se précipiter dans le ravin de la crise financière qu’ils ont créée, et nous avec ? N’en sachant rien, inquiets surtout de l’attitude de tous ceux qui prétendent nous sauver à longueur de discours, nous ne savons comment définir le point Godwin du moment. Certes, le Troisième Reich n’est pas à la porte, mais nous aimons à dire que l’histoire ne se répète pas : elle bégaie. Tant mieux, si ceci nous réconforte !
Évidemment, nous savons tous que nous allons participer au jeu de massacre des candidats, avec leurs croche-pied internes, en leur jetant des balles en tissu dans cette foire qui nous distrait tant. Pendant ce temps, les statisticiens de l’Insee nous annoncent que la production manufacturière vient de baisser de 0,8% en juillet, après -1% en juin. Il nous faudra vivre avec le 0,4% de croissance du PIB annoncé, en attendant moins en 2027.
Certes, ce point Godwin n’a aucune base scientifique, seulement une notoriété qui devrait nous faire réfléchir, avant de l’atteindre. Pourtant rien ne marche aujourd’hui pour sonner l’alerte : prix du pétrole, taux d’inflation et prix du diesel, taux d’intérêt à long terme, taux de chômage, déficit budgétaire, drones, missiles, détroits bloqués, menaces ou discours, dénatalité, plus de 50 ans de déficits budgétaires (depuis 1974) financés par la dette publique. C’est beaucoup. Nous préférons parler de la salle de bal ou des derniers emails de Donald Trump. Mieux vaut-il commenter des informations burlesques ou une réalité qui menace ?
Pendant ce temps, le spectacle continue. Jusqu’à quand ? Mais aucun n’est innocent, surtout s’il entend détourner notre attention. Nous cherchons à emplir notre « temps libre », entre médias et réseaux sociaux. Pourtant « il faut voir ce que l’on voit », disait Péguy. Ceux qui envoient des drones et des fakes news savent parfaitement ce qu’ils font, tout comme ceux qui soutiennent des candidats illibéraux favorables à la Russie ou à Trump. Le monde abrite une violence qui échappe à notre ancienne codification.
En France en effet, dans notre « vieille » démocratie, pour la présidentielle qui organise notre système de pouvoir, nous étions habitués aux joutes qui culminaient dans un duel final, hors influences venant de l’extérieur. C’est fini : les attaques hybrides et étrangères sont devenues plus nombreuses et importantes, au risque de polluer, sinon de dominer.
De Gaulle ? Voilà un nouveau point Godwin qui ferait cesser les débats, avec une issue moins tragique et peureuse. C’est le nom qui monte, grâce aux films d’Antonin Baudry (La bataille de Gaulle : L’âge de fer et J’écris ton nom) qui nous rappellent les effets du courage et de l’union. Face à la situation périlleuse que nous vivons, entre despotes incultes et malades, au milieu de démocraties empêtrées, nous devons espérer, et agir. Ce serait là un point… d’honneur.
