Notre interview de Xi Jinping

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 Notre interview de Xi Jinping

Pas si simple d’obtenir cette interview !

Newsletter : Bonjour, c’est un honneur, Président Xi, d’échanger avec vous. Notre première question porte sur la façon dont vous analysez le monde, avec toutes ses complications, ses enjeux et ses risques. En bref, comment lisez-vous ce monde, Président ?

Président XI : Bonjour, et merci de venir de si loin pour discuter avec moi ! Votre question est importante et ma réponse sera simple : il faut appliquer « De la contradiction » du Président Mao. C’est un texte central, publié en 1937 ; « il n’a pas pris une ride » comme vous dites chez vous. La loi de la contradiction est la loi de l’univers, de la nature, de la société et de la pensée. Une contradiction existe en tout et partout, sous diverses formes, dans chaque phase de développement. Sans elle, donc sans lutte entre opposés, il n’y a aucun progrès. Mais toutes ces contradictions diffèrent : chacune doit être analysée.

N : Je suppose donc qu’elles n’ont pas toutes la même importance ?

Pt XI : Bien sûr, il y a les explosives et celles qui se résolvent par la diplomatie ou la persuasion. Il y a surtout la contradiction principale, j’insiste sur elle. Elle les domine toutes et, plus encore, détermine leur évolution. Il faut la débusquer, la cerner, l’expliquer et unir tous les moyens pour la faire éclater.

N : Et aujourd’hui, quelle est cette contradiction principale ?

Pt XI : Toujours la même : capitalisme contre communisme, et plus précisément aujourd’hui, pour répondre à votre question : États-Unis contre nous, Chine.

N : Est-elle « explosive » ou bien se résout-elle « par la diplomatie ou la persuasion » ?

Pt XI : Vous n’imaginez pas que je vais vous répondre. Mais je puis vous dire que la diplomatie et la persuasion fonctionnent toujours selon la logique du jeu de Go : il faut entourer peu à peu l’autre joueur, l’ennemi si vous voulez, de façon à ce qu’il ne puisse plus bouger. Et quand il s’en rend compte, il a perdu.

N : C’est ce que vous faites avec les « routes de la soie », les stocks de minéraux critiques, les achats de pétrole à la Russie ou à l’Iran ?

Pt XI : Oui, mais beaucoup en bénéficient. Il y a ainsi plus d’activité dans les pays en développement, et nous vendons moins cher dans les pays dits « riches », ce qui soutient le pouvoir d’achat des ouvriers.

N : Mais on vous dira alors que ce que vous vendez moins cher pénalise les entreprises françaises, donc leurs salariés.

Pt XI : C’est là une contradiction secondaire, car ce n’est pas moi, mais le Président Trump, qui sanctionne la Chine et taxe nos exportations, freine notre activité et pousse nos entreprises à exporter chez vous, faute de débouchés, et parfois à perte. Donc nous n’y sommes pour rien.

N : Peut-être ces sanctions américaines sont-elles un moyen — américain — pour dévoiler toute votre stratégie d’encerclement ?

Pt XI : Vous croyez Trump à ce point subtil et calculateur ? Regardez donc comment il surréagit à tout, mélange tout, confond le principal avec l’anecdotique. Nous, chinois, comptons, énumérons et classifions tout. Comme il mélange tout et ne cesse de changer d’objectif, il n’a pas de contradiction principale. D’où la question : quel sera son ennemi final : nous ou vous ?

N : Mais, s’il n’y a que l’argent qui l’attire, pourquoi ne pas le lui offrir avec de gros contrats ?

Pt XI : Nous l’avons fait, mais il est insatiable. Il veut le profit, plus les symboles du pouvoir, l’or, les monuments et les défilés (qu’il copie), puis le pouvoir lui-même. Là, nous devons arrêter.

N : Mais il va riposter ?

Pt XI : N’oubliez pas le Go : plus il se raidit, plus il inquiète ses amis. Regardez le prix de l’essence.

N : Ce ne sont pas ceux qui devaient être encerclés !

Pt XI : Oui, alors ils se regroupent contre le Président Trump. Mais jamais ils ne l’attaqueront directement, car ce sont des pays capitalistes : cela renforce mon analyse. Nous verrons, après, leur cas. Pour Taïwan, nous attendons depuis 1949, nos bateaux sont autour.

N : Par ailleurs, on parle beaucoup de crise de la natalité chez vous et on entend que la population chinoise baisserait de moitié d’ici à 2100. Ce ne serait pas là la nouvelle contradiction principale ?

Pt XI : Au pire nous serons 700 millions, deux fois plus que d’Américains… selon les calculs américains ! Mais nous avons plus d’ingénieurs et d’IA qu’eux : donc il n’y a aucune raison de changer une stratégie qui réussit. Trump le sait et enrage.

N : Essayons donc de mieux vous comprendre.

Pt XI : Faites.