Les élèves et les étudiants français ne cessent de faire des progrès, contrairement à ce que dit le classement PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis), qui place la France en 27ème position parmi les pays de l’OCDE. La preuve : les dernières manifestations des 17 et 18 octobre ! Comme toujours, elles ont vu fleurir les critiques contre l’efficacité de la police. On (les médias, interviews et sentiments divers) a reproché aux forces de l’ordre d’être insuffisamment présentes avant les manifestations, puis insuffisamment mobiles et agiles après, lors de la dispersion. Ce n’était d’ailleurs pas celle de tous, les ultras puis les pillards demeurant, pour casser. On a alors réentendu les critiques contre les insuffisances d’effectifs, d’équipements, puis, ce qui est nouveau, sur les ratés du Renseignement territorial, donc sur l’insuffisance de moyens. Mais pourquoi cette sous-estimation des nombres et cette lenteur ?
Bitchat : c’est peut-être la réponse. Peut-être est-ce que nos jeunes, évidemment plus véloces que les policiers harnachés, sont surtout plus aptes à naviguer qu’eux sur les réseaux, dits sociaux. La page officielle du site Bitchat nous en dit plus : « Bitchat est une application de messagerie décentralisée… qui fonctionne sur des réseaux maillés Bluetooth. Pas besoin d’internet, pas de serveurs, pas de numéros de téléphone. Les applications de messagerie traditionnelles dépendent d’une infrastructure centralisée pouvant être surveillée, censurée ou désactivée. Bitchat crée des réseaux de communication ad hoc en utilisant uniquement les appareils physiquement présents ». Au fond, c’est un réseau créé par ses membres, pour autant qu’ils soient proches (ce qui est le cas dans une manifestation)… et partagent Bitchat, bien sûr. Le site poursuit : « Cette approche offre une résistance à la censure, à la surveillance… des infrastructures ». Et pour que tout soit plus clair : « Le réseau reste fonctionnel lors des pannes d’internet, des catastrophes naturelles, des manifestations ou dans les régions à connectivité limitée ».
Bitchat : son père serait Jack Dorsey, le cofondateur de Twitter, en juillet 2025. Cette naissance renvoie au rôle de l’application en Jamaïque, suite à l’ouragan Melissa. Mais, déjà en 2014, FireChat avait servi, avec Apple cette fois, lors des manifestations de Hong Kong, sortant donc déjà de l’humanitaire. Bitchat poursuit ce type d’expansion en Chine et en Inde, suite aux coupures d’Internet : il y figure parmi les premières applications utilisées. Ceci jusqu’à ce que les autorités demandent son retrait de l’AppStore, et de Google Play en Iran et en Ouganda. Il s’agit donc d’un outil au moins autant humanitaire que politique. Et ici ?
Ici, il n’est pas (encore ?) question de couper Internet, mais de voir comment endiguer la violence des casseurs-pilleurs d’un côté, et de répondre aux inquiétudes des jeunes, au-delà de Parcoursup, d’un autre. Il ne faut pas, en effet, confondre les manifestations d’inquiétude sur le futur avec les actes de violences ou pillages de rue. Il faut au contraire voir les forces, pulsions et haines en cours, en sus des angoisses sur l’emploi, le climat, la paix pour les canaliser, au service d’une vision commune.
Le Bitchat d’Hong-Kong ou de Bagdad n’est pas celui des Halles ou de Marseille. Leur différence s’appelle : démocratie. Elle permet de comprendre le no future qui étreint la jeunesse. Elle est là pour le faire s’atténuer par des projets, en comprenant, intégrant, expliquant, pas en terrorisant. C’est à la démocratie, jeunes, moins jeunes, à tous, au peuple d’agir, en étant aussi unis que possible. Facile à dire, mais que faire d’autre dans un pays aussi politiquement éclaté, économiquement affaibli, vieillissant et surendetté, dans ce monde violent et complexe ? C’est à la démocratie d’agir… sans Bitchat pilleur, avec un Bitchat rassembleur. Le vrai réseau du plus proche est la nation. Il doit devenir celui du plus fort.
