Réchauffement climatique : on nous l’avait bien dit !

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 Réchauffement climatique : on nous l’avait bien dit !

Oui, mais pas assez fort ! Les incendies en cours, dans le Var et en Gironde, le démontrent clairement : nul ne peut désormais ignorer cette réalité. En 1824, il y a plus de deux siècles, Joseph Fourier découvrait l’effet de serre : les gaz présents dans l’atmosphère retiennent la chaleur et contribuent ainsi au réchauffement de la planète. Au début, ce réchauffement est même plutôt bien vu : pour Svante Arrhenius (chimiste suédois, 1859-1927), les gens « vivraient sous un climat plus chaud et dans un environnement moins rude que celui qu’ils connaissaient ». On entend même des analyses dire que l’on pourra produire du vin en Angleterre ou que les glaces vont vite fondre, libérant de nouvelles voies dans les pôles, ce qui pourra aider les exportations de la Russie et la Chine.

Ceci ne crée donc pas, on s’en doute, que des effets positifs en termes géopolitiques. Cela ouvre certes de nouvelles voies aux échanges, mais elles sont aussi de nouvelles sources de tensions. De manière plus générale, les prévisions des modèles ne cessent de fournir des résultats plus inquiétants, avec l’aggravation accélérée du phénomène. En 1979, la première Conférence climatique mondiale décrivait déjà le réchauffement comme « un problème grave ». En 1988, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) est créé, qui publiait son premier rapport en 1990. On y lisait alors une probabilité de 50% que ce réchauffement soit d’origine humaine. C’est devenu depuis une quasi-certitude. En même temps, des « changements climatiques modérés pourraient impacter les ressources en eau », le niveau de la mer devrait monter de 65 cm de 1990 à 2100, puis d’un mètre dans le rapport de 2014, sans vraiment s’arrêter après cette date selon les calculs. De rapport en rapport, le GIEC se fait plus précis et alarmant, insistant sur les risques humains (maladies, baisse des productions alimentaires), sociaux et politiques, que cette dynamique enclenche.

Depuis peu, les rapports officiels ajoutent « des mesures d’atténuation et d’adaptation » pour y remédier. Par atténuation, il faut comprendre qu’il s’agit de développer les énergies renouvelables (solaire, vent, batteries), pour réduire les utilisations des énergies fossiles, avant de les arrêter. Outre le développement de ces énergies renouvelables, dont les coûts devraient continuer de baisser (batteries, véhicules électriques), on voit se développer les taxes carbone. Surtout, le développement des innovations technologiques est supposé fournir une aide conséquente. A côté, l’adaptation est évidemment plus lente, complexe et surtout plus coûteuse. Elle entend réduire l’exposition aux aléas climatiques, puisqu’il s’agit de réduire la vulnérabilité au réchauffement (reconfiguration autant que possible des usines, bureaux, logements, villes, rivières, ports et traits de côtes) et de s’y préparer par des formations, sinon en réduire les effets et lutter contre.

On découvre alors le poids du phénomène d’hystérésis qui définit le réchauffement, son inertie, son ampleur et ses coûts structurels, au moment où les ressources financières, déjà limitées, ne sauraient suffire. Mais l’inertie, physique et humaine, ne suffit pas à expliquer un phénomène qui s’accélère, parce qu’il s’autoentretient. On voit ainsi, pour la première fois en France, des « feux convectifs » et des « nuages de feu » (pyrocumulonimbus) créés par les feux eux-mêmes. C’est alors que le problème devient ce qu’il n’a jamais cessé d’être : surtout politique et macroéconomique, au sens large du terme, pas partisan, puisqu’il est de taille à peser sur la croissance. Il doit amener une autre hiérarchie des priorités, non plus salaires contre temps de travail, comme aux siècles antérieurs de la lutte des classes, mais à côté (au moins) contribution conjointe à des fonds de sécurité civile, sous forme de prêts à long terme alimentés par les salariés et les entreprises, avec une fiscalité spécifique.

Ce réchauffement implique une action plus coordonnée. Or les deux plus grands pollueurs mondiaux, États-Unis et Chine, ne joignent pas leurs efforts. La Chine mène une action solitaire, pour être la première puissance mondiale, congruente quand même avec l’objectif du GIEC. Le cas américain est plus grave, où le réchauffement n’est pas vu comme d’origine humaine et l’extraction pétrolière est encouragée. Les drames humains continuent. La politique l’emporte sur la science — et la morale.