Répartition ou capitalisation ?

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 Répartition ou capitalisation ?

Voilà les thèmes majeurs de l’élection présidentielle qui s’avance. Deux thèmes sur les contrats qui lient les générations entre elles et sont donc essentiels pour la solidité de notre édifice social. Problème : on peut dérégler l’un ou l’autre, pour en bénéficier à court terme, sans en ressentir les effets structurels, tous dangereux.

Commençons avec le système « par répartition », où les salariés versent une part de leur revenu (croissante selon son niveau), part qui alimente des caisses de retraite qui le reversent aux retraités. Les salariés du moment payent donc pour les retraités du moment. Ces salariés n’ont alors aucun droit, seulement le devoir « moral » de continuer… pour bénéficier, en retraite, du système. Un devoir qu’on peut qualifier de « moral » : renforcer la solidité intergénérationnelle de notre société, mais soumis quand même à l’obligation des salariés (et des entreprises) de cotiser. Ceci crée leur droit futur à la retraite, qu’ils militent pour le perpétuer. « Moral », mais intéressé.

Dans le système dit « par capitalisation », chaque salarié (avec son entreprise) bâtit son épargne en affectant une part de son salaire dans les fonds qu’il choisit, fonds qui financent les entreprises qu’il préfère. Il prend donc un risque lié à ce choix, peut le changer, et voit le résultat de ses choix dans son capital, valorisé aux prix du marché. Intéressé, car individuel.

La répartition est… sociale, la capitalisation… capitaliste. Chacune repose sur des logiques différentes, avec des risques différents.

Le risque principal de la capitalisation est la crise financière. Presque mortel en 1929, quoique le système s’est relevé. Depuis ce temps, l’évolution des techniques rend ce monde plus interdépendant, versatile et instable, plus dynamique aussi grâce aux ressources que la capitalisation lui apporte. La parade la plus simple à la crise boursière est la diversification, où il s’agit d’investir dans plusieurs secteurs, entreprises ou pays.

En permanence, tous les analystes financiers et médias, toutes les banques suivent leurs clients et publient les résultats des scénarios de risques venant notamment de leur banque centrale. Plus les puissances publiques qui veillent et surveillent. Mais la crise des subprimes aux USA, puis celle de l’immobilier en Europe, sont quand même la preuve qu’un incendie boursier peut toujours survenir. Ils ont été « éteints » par la montée du chômage, les fermetures d’entreprises, la baisse des bourses et les déficits publics financés par les banques centrales. Déficits et dettes qui demeurent. Et voilà que nous nous félicitons du supplément qu’apporte l’IA à la croissance américaine, avec ses effets sur la bourse, les megadeals et la frénésie qu’on trouve aussi en Chine, à moins qu’il ne s’agisse d’une bulle mondiale !

Les pays de répartition, comme la France, ont montré les travers de cette méthode, car on n’y connait pas le déficit annuel des retraites : 30, 50, 100 ou 150 milliards ? Pourquoi ne peut-on le savoir avec la Cour des Comptes et tous les experts qui s’en occupent ? Rien de plus facile alors que d’augmenter ce déficit, puisqu’on ne peut le calculer : c’est le ventre mou des dépenses publiques. Prenons les « petites retraites ». Pourquoi « petites », parce que les salariés ont eu de « petits salaires » (faibles qualifications), ont peu cotisé, donc « ont droit » à ces « petites retraites »… à « revaloriser » entre « partenaires sociaux ». Mêmes opérations pour les « carrières hachées » (grossesses, temps partiels, reconversions…) ou les « travaux pénibles » (bâtiment, voirie), avec les mêmes assentiments. Qui paye ? La dette publique et les « grosses retraites », les impôts actuels et futurs des « gros salaires » s’ajoutant à leur progressivité, sans le dire et en espérant que cela suffira.

Normalement, le système par répartition s’équilibre (à peu près), sauf si les fonctionnaires y sont fiscalement favorisés. Il pèse alors sur la croissance et gonfle la dette publique. Pour sortir de cet engrenage, augmenter les impôts aggrave le problème. Il faut donc mesurer ce qui se passe et planifier le retour à une situation permettant plus de croissance avec un fonds souverain alimenté par un système hybride : capitalisation et répartition. Il intègrerait plus d’IA et moins de répartition dans le temps, en fonction de l’évolution de la population : dynamique naturelle et immigration. Pas facile, mais on voit où mène une simplicité « morale » sans chiffres.