Le directeur : Bonjour, nous sommes encore une fois réunis dans notre amphi pour préparer l’année qui décidera de votre carrière, peut-être de votre vie. Vous trouverez que j’exagère. Mettons cela sur le compte de mon penchant professionnel, mais le dimanche 18 avril 2027 sera le premier tour de la présidentielle, le dimanche 2 mai 2027 le second. Au moins quarante-cinq candidats rêvent de peser et accéder à la notoriété (aux plateaux télévisés), il y aura donc des phrases assassines, des chausse-trapes et des trahisons : que du bonheur journalistique ! Bien sûr, pour tout légitimer, il y aura des programmes à passer au crible, des points de vue d’experts juridiques, économiques, géopolitiques, militaires, écologiques, patrons et autres, au milieu d’informations plus ou moins vraies et de phrases tronquées. Quel régal ! En même temps avec les sondages, il faudra désespérer ceux qui s’accrochent, pour qu’ils lâchent prise.
Un étudiant : Il faut donc se préparer à deux tours d’élections ?
Le directeur : Non à 4 au moins ! Il y aura la campagne officielle, celle des programmes que vous devrez analyser et comparer, des discours, meetings, slogans, clips de propagande et, plus encore, la campagne officieuse des articles de la Cour de cassation, des fausses nouvelles, fausses photos, faux articles et ralliements, sans compter les influences étrangères, russe mais pas seulement. La campagne qui vient sera violente et complexe, car les enjeux ont rarement été si importants, qu’il s’agisse de la France et de son unité, de l’Europe, de l’Otan… Vous le savez, les risques ne seront pas les insultes et noms d’oiseaux, mais le mélange du vrai et du faux, de l’essentiel et de l’anecdotique. Ce que Ian Garner, spécialiste de la culture et des médias russes (qui enseigne en Pologne) nomme slopagande, de slop (anglais), entre pâtée et eaux sales. Appétissant. En plus, il faudra attendre la dissolution de la chambre par le(la) nouveau (elle) président(e), donc deux autres tours pour avoir le parlement. Sans oublier les Référendums promis par certains ! Ne croyez pas non plus que vous êtes en vacances, pour vous préparer, puisque le budget de 2027 n’est pas voté — pour la bonne raison qu’il n’est ni présenté, ni prêt.
Un étudiant : Ça promet ! Qu’allons-nous faire ?
Le directeur : Ne vous perdez pas dans les feuilletons juridique ou budgétaire, dans la popol, la politique-politicienne. Vos concurrents le feront, prenez de plus gros gibiers.
Un étudiant : Par exemple ?
Le directeur : La cassure des partis. Commençons par les Verts. Ils sont, disons, 13000, avec beaucoup de départs vers LFI, qui chassent sur leurs terres en reprenant la question de l’eau et des éco-régions. Une idée que les Verts ont peut-être eue, mais n’ont pas, en tout cas, exprimée de façon aussi forte. Le sens du titre ! Viennent ensuite les socialistes, plus de 230000 : il y aura beaucoup à fracturer, vers LFI, vers le centre (lequel ?), moins ceux qui veulent former… le dernier carré.
Un étudiant : Et les communistes ?
Le directeur : Un peu plus de 37000 selon eux, ils vont présenter leur Secrétaire général. La question se posera de rapprochements avec LFI, ou avec le PS ? Inutile de se fatiguer sur une scission du PC, mortelle.
Une étudiante : Et par rapport au RN ?
Le directeur : Ce sera la grande inconnue, jusqu’à avril au plus. Ensuite, la double bipolarisation changera de sens. Double, car il n’y a plus rien à gagner aux deux extrêmes : l’extrême gauche va amender son programme pour séduire à gauche, pareil à droite. Tout va se jouer sur les sondages, outre le « ticket » Le Pen-Bardella, pour savoir laquelle des deux marches vers le centre fonctionnera le mieux. Qui dépassera l’autre dans les ralliements, sachant que pour pouvoir gagner il faut être premier ou second au premier tour ? Le Centre, par différence, pourra gagner, mais avec qui, c’est tout son calcul !
Un étudiant : Comment le faire ?
Le directeur : Vous avez 34% d’intentions pour Le Pen-Bardella,13% pour Mélenchon et autant pour Philippe, le mieux placé (en juin) des « non extrêmes ».
Un étudiant : Donc, si Philippe capte le 8% d’Attal et le 7% de Retailleau, il est à 28%, et si Mélenchon convainc Verts (4%) et PC (3%), il arrive à 20%.
Le directeur : Et si les 11% de Glucksman ou 8% d’Hollande, soit 9,5% « PS » se divisent, avec 4,25% Mélenchon arrive à 24,25% et Philippe à 32,25%, deuxième !
Une étudiante : Hypothèses !
Le directeur : Excellent pour vos papiers !
