Cours de diplomatie en cinq points

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 Cours de diplomatie en cinq points

1 – Oui au réalisme : « si tu veux la paix prépare ta diplomatie, autrement ta paix sera toujours précaire et finira en une mauvaise guerre, difficile à régler ». Nous faisons en effet, aujourd’hui, face à un étrange paradoxe : jamais nous n’avons n’autant parlé de diplomatie or nous avons bien des conflits bien visibles, comme si les uns entraînaient les autres, la diplomatie ne faisant guère que déplorer ses échecs. La réalité est, au contraire, que plus il y a de conflits, plus il faut de diplomatie, pour régler ou atténuer. Ce qui prouve qu’il faut en comprendre les règles, d’où l’importance de ces propos, si vous me permettez.

 

2 – Attention à l’idéalisme : « nul traité de paix ne peut mériter ce nom s’il contient des réserves secrètes qui permettent de recommencer la guerre ». Ainsi commence le célèbre livre sur la Paix perpétuelle d’Emmanuel Kant de 1795. Il poursuit « en effet, un tel traité ne serait qu’un armistice, une suspension d’armes, et non LA PAIX, fin de toute hostilité, la paix, qu’on ne peut même appeler perpétuelle, sans faire un pléonasme ». Emmanuel est bien trop exigeant : à le suivre, il n’y aurait plus de diplomates, de soldats, de politiques. Or nous avons besoin de nous battre, comme animaux ou animaux politiques, mais il faut quand même savoir cesser. C’est là que la diplomatie est indispensable, pour bien signer la paix. Le Traité de Versailles est célèbre pour avoir entraîné (selon certains) la Deuxième guerre mondiale en ayant oublié que perdre la guerre est une chose, perdre la face en est une autre, pire. Les articles 231 et 232 du Traité parlent ainsi de la « responsabilité » de l’Allemagne dans la guerre et des « réparations » dont elle devra s’acquitter. Ce n’est pas une somme énorme (8,3% de son revenu national), mais nombre d’Allemands n’admettent pas la défaite, la guerre ne s’est pas déroulée sur leur sol, les Anglais ne veulent pas trop affaiblir l’Allemagne (au bénéfice de la France) et les Américains (plus exactement le kantien Président Wilson) que le peuple paye pour les décisions de ses chefs. Et le Congrès américain ne ratifiera pas le Traité.

 

3 – Des sous : bien faire la paix revient de plus en plus cher. À la signature de la fin de la Deuxième guerre, le Plan Marshall permet une croissance par la reconstruction, grâce à des crédits américains (remboursés). S’ouvre alors une autre longue période de paix, grâce aussi à la bombe atomique.  Elle s’achèvera avec sa prolifération : Israël, Inde, Pakistan, Corée du Nord, sachant que l’Iran devait être « sur le seuil » et que, si tel est le cas, l’Arabie saoudite dirait son « inquiétude ». La dissuasion a vécu. On compte actuellement plus de 130 conflits : nous sommes passés de la Paix perpétuelle aux conflits omniprésents. Encore plus qu’avant, on peut donc se demander à quoi servent les diplomates, même si on peut imaginer qu’ils sont plus occupés que jamais. Il y aurait donc davantage matière à diplomatie, pourquoi ?

 

4 – Multiplier ou simplifier ? La situation présente ouvre deux choix. Le premier est de profiter de la multiplication des tensions pour traiter les plus faciles et faire baisser la pression sur les autres. Sauf si l’inverse se produit, les aigreurs se renforçant, étant moins nombreuses. Le deuxième est de simplifier, ce qui consiste à commencer par le plus compliqué, « la contradiction principale » pour citer Mao. Ceci n’exclut pas les attaques annexes, au contraire. Dans le premier cas, l’idée est de calmer l’adversaire, dans le second de le fatiguer. Les politiques doivent alors choisir leur stratégie principale, chercher des stratégies secondaires et bien sûr former les diplomates au choix retenu. Pour multiplier, il faut être méticuleux et patient, pour simplifier violent et robuste. Le problème est que la démarche sera vite percée à jour. Il faut se préparer à des mois de discussions dans le premier choix, à une montée aux extrêmes dans le second. C’est tout Taïwan.

 

5 – Chercher une autre voie. La visite de Trump à Xi ouvre-t-elle un autre monde ? D’abord déluge d’amabilités puis accord verbal : le Détroit d’Ormuz doit être ouvert, bien sûr. Mais Trump ne vient pas seul : il arrive avec Huang (Nvidia), Musk (Tesla) et Cook (Apple) : pétrole contre puces ? Sommes-nous condamnés à rejouer le match Sparte-Athènes ? La diplomatie fait-elle des progrès ? Pouvons-nous cohabiter grâce à des puissances moyennes qui s’uniraient ? Un monde tripolaire en Paix perpétuelle ? Travaillons !