Crises dans le monde : oui, mais pas d’union contre un ennemi commun. Donc pas de guerre mondiale « classique ». Pas d’empires allemand, austro-hongrois ou ottoman à défaire comme en 1914, pas d’Hitler comme en 1939, plus d’URSS aujourd’hui, pas de Chine qui sortirait de ses frontières. C’est l’éparpillement qui domine, avec une dispersion de conflits armés. Ils sont au nombre de 130 selon la Croix Rouge : Ukraine en Europe, Iran, Liban et partout au Moyen-Orient, tout comme en Afrique (plus de cinquante), au Mali et ailleurs au Sahel, ou en Amérique Latine, du Venezuela au large de Cuba. Mais pas de mouvement d’ensemble contre une seule puissance.
Pourquoi ? L’histoire récente nous « enseigne » qu’une guerre devient mondiale au moment où les Américains s’en mêlent, contre un ennemi devenu principal qui polarise les oppositions : on sait qui gagnera. Or ce qui se passe aujourd’hui risque d’être l’inverse : les forces américaines cristallisent contre elles des animosités auparavant éparses, alors que le débat monte sur la qualification des actions qu’elles mènent. Ce renversement est lourd de menaces. Ainsi, lors de la Première guerre, les États-Unis qui avaient d’abord résolu de rester neutres en 1914, entrent en guerre le 6 avril 1917 en se joignant à l’Entente – France, Royaume-Uni, Russie – et à ses alliés – dont la Belgique, le Japon, l’Italie et la Chine. Après certes, mais un appui décisif. Lors de la Deuxième guerre, les États-Unis déclarent la guerre au Japon suite à Pearl Harbor le 7 décembre 1941. Ils entrent ainsi dans la Seconde guerre mondiale le 8. Après certes, mais un appui décisif. Et le 13, l’Allemagne leur déclare la guerre, funeste décision.
Cette fois c’est différent. Cette Troisième Guerre mondiale de fait a commencé sans le dire le 13 juin 2025, avec les Américains. Ce fut d’abord une « semonce » de 12 jours jusqu’au 24 juin, initiée en même temps par Israël et les États-Unis contre l’Iran et close par un « cessez-le-feu ». Les États-Unis lancent cette « semonce » pour « oblitérer », c’est le mot du Président Trump, les usines nucléaires iraniennes où se prépare « la bombe ». Quelques semaines plus tard, au vu de l’insuffisance de cette « semonce », Israël et les États-Unis reviennent à la charge. Ils sont désireux de gagner la guerre en libérant le détroit d’Ormuz, bloqué par l’Iran et la passe de Bab el-Mandeb, menacée. Naît alors un choc pétrolier, gazier et alimentaire mondial, à diffusion lente. Les stocks de pétrole et de nourriture servent d’amortisseurs. La guerre passe de l’air à la mer, avec des effets différés, plus profonds. Il s’agit alors d’un « ultimatum à date variable » puis prolongé, autres innovations du Président Trump, suivi d’un autre cessez-le-feu prolongeable, en forme de nœud coulant pour l’économie iranienne. Il affectera le monde entier, mêlant inflation et pénuries.
Parler de Troisième Guerre Mondiale est peut-être excessif, mais le pire est d’avoir peur des mots. Or il y a quand même une série de guerres, que l’on peut toujours dire asymétriques, hybrides, du faible au fort, le tout sur fond de tensions économiques variées, pour éviter l’expression. Devant cette confusion, les marchés financiers tentent d’agréger ces phénomènes épars, faisant monter les prix de l’énergie (+60% sur un an), du blé (15%), de l’acier et de l’aluminium (40%) sans oublier les valeurs d’armement : +60% pour Rolls-Royce, mais des baisses si la trêve pointe (!) pour Rheinmetall ou Dassault-Aviation. Fait inouï, les bourses résistent, accrochées aux discours des banques centrales, à l’Intelligence Artificielle, à la dissuasion des armes nucléaires, trop répandues pour être déclenchées, plus les messages de Trump, obsédé par le Dow Jones.
Alors, on pourra discuter des choix à faire pour en sortir. Certains diront qu’il faut dépenser plus en armes, d’autres moins, tous nous battre pour le droit. Bien sûr. Ou bien faudra-t-il quitter les influences américaines, l’Otan, et structurer une armée européenne ? Mais nous sommes au milieu de conflits, militaires, économiques et sociaux, plus concrets et complexes que les injonctions politiques qui nous entourent.
Crises ou troisième guerre mondiale new look ? C’est l’effet du progrès et des conflits des pays sans dissuasion nucléaire. Il implique un double arsenal : d’armes high-tech et surtout low-tech, pour envoi en essaims. Il faut désormais partout une pluri-dissuasion : la « paix par les peurs » ?
