Trump chez Freud

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 Trump chez Freud

Vienne, 19 Berggrasse, à l’aube

Docteur Freud : Président, quelle surprise ! Que me vaut l’honneur de votre visite ?

President Trump : L’obsession, cher Docteur, il faut m’en guérir.

Dr F :  Allongez-vous et dites-moi tout.

Pr T : L’obsession, ça n’arrête pas et ça change tout le temps. Le dollar, c’était familial, j’en ai des milliards. Puis je suis passé aux tours de Manhattan, aux séries télévisuelles où je virais les gens, à la politique où je virais les ministres. Chercher et changer. J’ai été obsédé par les blondes, chercher et changer, puis ce fut la Maison Blanche. Maintenant c’est grave. Je suis toujours obsédé par quelque chose, quels qu’en soient les risques (pour les autres), toujours impatient du résultat, puis je passe à autre chose.

Dr F :  Que cherchez-vous donc ?

Pr T : La pièce unique : le Canal de Panama, le Canada, le Groenland, le Nobel de la Paix, la baisse des taux de la Fed, maintenant 420 kilos d’uranium enrichi… et enfoui ! Plus c’est infaisable, plus je suis excité, avant de passer à un autre désir, en répétant la liste sans cesse.

Dr F :  Votre cas n’est pas facile, en liaison même avec votre pouvoir. Selon moi, une obsession est un manque sexuel de votre enfance lié à un plaisir, satisfait ou refusé, mais oublié. Ce n’est certainement pas une faiblesse mentale, due à l’âge.

Pr T : Merci Docteur, c’est déjà ça. Je ne suis donc pas victime d’une maladie dégénérative, comme le disent mes opposants de radio, presse, télévision et maintenant les psychanalystes de New York et de Los Angeles, sans compter les ennemis politiques — et pire : mes « amis ». Mais ma question demeure : je pense et ne rêve qu’à ça, ne parle que de ça. Comment arrêter ?

Dr F :  C’est évidemment le « ça » qui vous travaille. Car changer de désir, comme vous le faites, ne le fait pas disparaître. Ceci provoque plus une addition d’insatisfactions qu’un oubli de votre dernière obsession en date. Elles s’empilent, comme les tableaux et objets en or dans votre Bureau Fœtus. Le « refoulement », avec vous, je n’y crois donc pas. Le « déplacement », pas plus. J’entends dans ce que vous me dites et je perçois ce que vous ne cessez de tenter, mais en vain : c’est le signe d’une profonde angoisse. Vous êtes toujours ramené à votre manque fondamental et, encore, inconnu. La « condensation » en réunissant deux intensités de vos rêves, je n’y crois pas non plus, tant chez vous le rêve est aussi intense que changeant.

Pr T : Docteur, je ne suis pas venu ici vous voir, en mobilisant pour un argent fou les services de la Air Force, pour que vous me parliez de ce que vous avez écrit. Je veux un résultat.

Dr F :  Je puis vous dire dès maintenant que vous souffrez, c’est le mot exact, de la rare combinaison d’une hypertrophie du « ça » et d’une absence de « surmoi ». Ce qui m’inquiète est la spirale où je vous vois. Votre signature sur un billet de banque, votre statue dorée dans un de vos golfs, votre salle de bal et votre Arc de Trump (vous voyez que je suis votre cas), tout ceci vous place entre Narcisse et Midas. Et m’inquiète.

Pr T : Pourquoi donc ?

Dr F :  Parce que c’est mortel. Votre insatiabilité met en danger ceux qui doivent vous obéir, je pense aux soldats qui devraient chercher l’uranium ou à l’économie mondiale face à un baril de Brent à 180$, avec le chômage que ceci implique. Votre exhibitionnisme est dangereux pour eux, mais aussi pour vous, car vous ne manquerez pas d’être déçu, puis malheureux et angoissé. Que vous faut-il pour vous apaiser ?

Pr T : Pour l’Iran, j’ai beaucoup de demandes, la plus importante et la plus difficile étant un bon accord avec eux : ouverture du détroit d’Ormuz et renoncement à la bombe.

Dr F : Rien que cela ! Attention, les échecs iraniens sont plus compliqués que le poker américain !

Pr T : Non : eux en ont plus besoin que moi !

Dr F : La haine des autres, particulièrement des juifs, est la haine de soi. Leurs chefs les détestent, les juifs, et se détestent.

Pr T : Votre solution, c’est donc que le monde entier soit angoissé, pas seulement moi. Merci Docteur.

Dr F : Non, l’angoisse nourrit la haine, dont j’ai pu voir les effets. Il faut éviter le retour du pire, quand un pouvoir voit son hégémonie contestée, qu’il s’agisse d’économie, de religion ou de race.

Pr T : Et mon angoisse, ce serait le déclin de l’empire américain accéléré par moi ?

Dr F : En une punchline, comme vous dites, oui.

Pr T : Il faut donc que je sois éternel.

Dr F : Non : accepter seulement qu’Eros est plus fort que Thanatos.