Bientôt septembre pour s’échauffer et publier un livre, puis 6 mois à attendre avant les 11 ou 18 avril 2027 pour le premier tour de la présidentielle, puis les 25 avril ou 2 mai pour le second : les dates ne sont pas arrêtées. Le compte à rebours est lancé, avec 24 candidats potentiels, soit 23 de trop. Mais pourquoi parler moins de programmes que de noms ? Bien sûr les programmes importent, mais les esprits sont déjà préparés à des choix saillants : immigration d’un côté, SMIC de l’autre, avant de raffiner. Il s’agit aujourd’hui de cliver par des slogans simples, pour « faciliter » le travail des sondeurs.
Immigration « sélective », mais à quel point, dénonciation, ou non, des accords du 27 décembre 1968 avec l’Algérie sur la circulation, l’emploi et le séjour des ressortissants algériens en France ? Comme toujours, lorsque l’on ouvre une boîte de Pandore, les questions s’envenimeront quand il s’agira de vérifier la situation des retraités algériens (sont-ils en vie ?) ou les effets résiduels des essais nucléaires au Sahara (quelle compensation ?). En matière de salaire, il s’agira de savoir si le SMIC brut, fixé à 12,02 euros l’heure pour 35 heures par semaine, soit 1823,03 euros le 1er janvier 2026, doit passer à 1877 euros (+3%) pour compenser l’inflation, ou à 1900 (+4,2%) ou 2000 euros (+9,7%) pour donner un « coup de pouce ». Ici aussi, une autre boîte de Pandore s’ouvre quand il s’agira des salaires publics, des jeunes de moins de 18 ans, des apprentis, des pourboires, des primes, des intéressements et participations, sans oublier les jours fériés.
Plus le temps passera, plus les questions seront détaillées et le choix sera obscurci. Voilà pourquoi immigration et 2000 euros vont apparaître comme les grands séparateurs. Ils rendront la partie plus difficile aux Verts, avec la fin de l’étiquette pour les Zones à Faible Émission, mais plus aisée pour les aides aux véhicules électriques et les pompes à chaleur… si l’on ne demande pas qui paye.
C’est alors qu’une autre démarche est possible pour vraiment choisir en mettant l’accent sur le temps long et la géopolitique : le nombre de candidats permet un dosage plus fin des choix, en liaison avec la complexité des problèmes et la fragilité des situations française et européenne. Le temps long, c’est l’étrange rencontre entre les variations climatiques (tantôt sécheresses, tantôt trombes d’eau), la baisse de la population en Europe et en France ainsi que son vieillissement (et l’évolution de la structure de la population à horizon 2050). La démographie, c’est voir plus loin, d’autant que l’on vit plus vieux. Mais qui paiera ? La géopolitique, c’est accepter le monde tel qu’il devient et en tirer les conséquences en matière de renforcement de l’Europe et de l’armée française. Mais qui paiera ?
Ces réalités pourraient faire changer nos oppositions théoriques favorites, entre « économie de la demande » et « économie de l’offre ». La première est nommée keynésienne, autrement dit de gauche, la deuxième classique, ou de droite. En fait, au-delà de ces oppositions de façade, tout le monde sait que les salaires ne peuvent trop augmenter si les entreprises doivent rester compétitives, les déficits commerciaux et publics en sont la preuve. Il faudra aller aussi au-delà des oppositions entre riches et pauvres. Certes, les 10% les plus riches ont un revenu 26 fois plus important que les 10% les plus pauvres, mais c’est avant impôts et transferts. Après, les 10% les plus riches perçoivent 3,5 fois plus que les 10% les plus modestes. L’Insee calcule que la redistribution ampute d’un tiers les revenus bruts des cadres, affecte peu ceux des employés et ouvriers : ce sont les retraités qui sont bénéficiaires. Qui le dira dans son programme, avec quelles décisions ?
On comprend donc que rien ne presse pour ces programmes en train de s’écrire, s’ils veulent parler de la sous-compétitivité et du surendettement français ! Le risque est qu’ils cherchent plus à se démarquer les uns des autres et surtout de « la décennie Macron », après le Covid, les guerres d’Ukraine et du Moyen-Orient qui ne sont pas de son fait. Emmanuel Macron reste la cible, cible d’autant plus facile qu’il ne peut se représenter. On préfèrera gloser sur le « en même temps », quand tout l’est, court et long terme, droite et gauche à la fois, alors que tout est question de pourcentage et de direction.
2027 : demandez les noms, mais lisez les programmes… pas encore là.
