Pour pouvoir honorablement figurer dans cette épreuve, il faut d’abord être nommé par le Président Trump, puis passer l’oral devant le Comité bancaire du Congrès américain. C’est ce qui est arrivé le 21 avril à Kevin Warsh, après nomination en règle par Donald Trump, et qui a ainsi passé plusieurs heures en audition. Pas de surprise : les Républicains voteront pour lui et le disent d’emblée, après quelques questions pour la forme, sauf un qui veut que cesse d’abord le procès contre le Président actuel, Jerome Powell, accusé (par Trump ?) d’avoir trop dépensé pour la rénovation d’une annexe de la Fed. Une accusation qui tombe… le 24 avril ! Pour leur part, les Démocrates voteront contre, après une salve de questions acides.
« Êtes-vous pour l’indépendance de la Fed ? », « pour qu’elle ne suive pas les souhaits de la Maison-Blanche ? » et, plus nettement encore, « le Président vous a-t-il demandé de baisser les taux avant (et pour) vous nommer » ? Pas originale mais obligatoire, la question sera dans toutes les bouches. Évidemment que Kevin Warsh ne peut que jurer que jamais le Président ne lui a fait une telle demande. Il ajoute d’ailleurs que tous les Présidents, de tout temps, veulent des taux plus bas (ce qui est aussi le souhait de tous les dirigeants, dans tous les pays). Les Démocrates se font alors un devoir de citer le Président qui a assuré du contraire dans la presse, en lui demandant qui, de lui ou du Président, ment. Kevin Wars répète alors sa position, encore et encore : jamais le Président ne lui a posé une pareille question, et il est indépendant, en fonction de ses idées et de son expérience.
Les débats deviennent ensuite plus intéressants, dès lors que l’on passe à la façon dont le candidat envisage la stratégie de la Fed. Pour Kevin Warsh, l’essentiel réside dans la maîtrise de l’inflation, sachant qu’elle n’est pas correctement mesurée selon lui. C’est un sujet qu’il mettra à l’étude, s’il est nommé. On comprend alors que les taux longs, autrement dit le prix de la dette, devraient s’ensuivre. D’où les questions : « pense-t-il que la hausse des prix à 3,3% sur un an, essentiellement due à l’énergie (+12,5%), est une inflation qui implique de hausser les taux, ou est-elle temporaire ? » Il ne répondra pas directement, disant qu’il ne veut pas interférer dans la situation actuelle, mais mettra l’accent sur deux points : la taille du bilan de la Fed, avec le montant de bons du trésor qu’elle possède, est trop importante et sa politique économique doit cesser d’adopter sa ligne de forward guidance, où il s’agit de préparer aux choix futurs de la Fed.
Mais immédiatement, si Kevin Warsh maintient que la Fed détient trop de bons du trésor, ceci veut dire qu’il faut qu’elle en vende, au risque de faire monter les taux longs, peser sur la construction et, plus encore, sur la bourse. Les sénateurs, pourtant curieux, ne poseront pas ces questions, au moment même où le Président Trump creuse le déficit public avec les exonérations fiscales et la guerre en Iran et au Liban. Pas un mot.
Et quand Kevin Warsh continue, en mettant en cause les prévisions personnelles de taux court que publie chaque membre du Comité, il préfère une discussion « vivante », même si elle met en évidence des divergences, à la différence de la forte majorité, pour ne pas dire unanimité, qui se retrouve la plupart du temps. Les sénateurs, pourtant curieux, ne parleront pas de l’incertitude que cette nouvelle pratique va amener, avec ses effets sur la nervosité de la bourse et la montée des taux. Encore une fois, pas un mot.
La tension montera un peu quand il s’agira des actions que détient le candidat. Le risque est celui de conflits d’intérêt : Kevin Warsh a signé qu’il vendrait tout avant, if confirmed. Aucune remarque sur le montant des actifs en question : 100 millions de dollars au moins, toujours pas un mot. Nous ne sommes donc pas en France.
Le plus étrange, par ces temps de guerres et de blocus, d’inflation et de tensions sociales internes, c’est que les bourses sont au plus haut : 7140 points pour le S&P 500 et le Nasdaq 100 à plus de 27150 ! L’explication vient peut-être de Kevin Warsh lui-même qui n’a cessé de mettre en avant l’IA, avec ses promesses de productivité, autrement dit de croissance non inflationniste. En fait, tout est calibré par ce nouveau Président. A nous de voir comment marcheront ses choix, avec des taux bien plus bas et bien plus d’IA. Nous ne sommes pas en France.
