La démocratie des réseaux sociaux

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 La démocratie des réseaux sociaux

Périclès, déjà, en parlait

« Parce que notre régime sert les intérêts de la masse des citoyens et pas seulement d’une minorité, on lui donne le nom de démocratie… Car nous ne sommes pas de ceux qui pensent que les paroles nuisent à l’action. Nous estimons plutôt qu’il est dangereux de passer aux actes, avant que la discussion nous ait éclairés sur ce qu’il y a à faire. » Bien sûr, Périclès ne pouvait penser à Internet, aux mails et aux influenceurs. Pourtant, de son temps déjà, les réseaux sociaux avaient fait condamner Socrate ! La calomnie et la peur n’ont pas d’âge, mais ils œuvrent plus vite aujourd’hui, plus vite que la discussion pour être « éclairés sur ce qu’il y a à faire ».

 

La loi Duplomb, sous les essaims de mails

Plus de deux millions de signatures en quelques jours contre la loi Duplomb : c’en est bien la meilleure preuve. Cette loi a tout fait pour attiser les passions adverses : les permanents anti-Macron, les écolos, cette fois contre la réintroduction d’un pesticide, l’acétamipride, contre la facilitation de méga-bassines, contre de plus grands élevages de poulets et de porcs, contre tout « encadrement » de la recherche agricole sur des sujets précis, mais en oubliant les mutations technologique, climatique et agricole, donc géopolitiques, trop compliquées.

La nouveauté est en effet l’incroyable vitesse de réaction et de propagation des opposants (à tout), très au fait des nouveaux outils électroniques, sans jamais attendre que la discussion les « ait éclairés. »

 

La méthode Trump du scoop par jour

Le Président Trump n’aide pas. Il a sa méthode pour répondre aux attaques. D’abord, il ne s’agit plus de journaux. Avec lui, il ne faut pas croire que les réponses du lendemain vont effacer les critiques du jour. Sans violente réaction, elles pourraient avoir un fond de vérité penseront certains, incitant les médias à fouiller. Rester silencieux, c’est perdre.

– La première réponse est donc celle du tac au tac, du tit for tat en anglais, sur le même sujet, mais en augmentant toujours la dose ;

– La deuxième est de vanter le succès obtenu… sur un autre sujet : c’est « l’accord commercial » avec le Japon sur la hausse des droits de douane, « l’accord politique » qui suit les attaques entre Inde et Pakistan ou entre Arménie et Azerbaïdjan ;

– La troisième est la diversion, en jouant sur l’effet de surprise : « sus à Musk ! » ;

– La quatrième est le changement de pied : une semaine de répit donnée à l’Iran, qu’on bombarde le lendemain, en lui proposant ensuite un cessez-le-feu ;

– La cinquième, plus classique, est d’accuser le prédécesseur : Joe Biden est, ou plutôt était, la victime parfaite. Mais comme il s’exprime de moins en moins, voilà Barack Obama qui revient en première place. L’affaire Epstein, du nom de celui qui procurait des jeunes filles à des riches et puissants, fait monter d’un degré l’intensité des joutes et explique le retour d’Obama ;

Nous en sommes là, sans oublier les attaques contre les juges, les avocats, les journalistes, les médias, les universités ou les immigrés illégaux. La « méthode Trump » du scoop par jour atteint sa limite, car il lui faut toujours des succès contre les ennemis. Mais avec Poutine ou Netanyahou, c’est plus dur… car ils ne sont pas très démocrates.

 

La démocratie battue par les réseaux sociaux ?

C’est la question à se poser, dans ce monde où la démocratie recule face aux démocraties « illibérales », oxymore sur le modèle des « démocraties populaires ». Les chefs continuent d’avancer, constamment soutenus par les réseaux sociaux qui les ont fait élire. La manipulation des opinions, grâce aux progrès des traitements des données, à la fabrication de fake news, de faux films et de fausses photographies, fait de permanentes avancées. Leurs essaims sont partout à l’œuvre, troublant les esprits en créant des « vérités alternatives ». C’est même devenu le but, de chaque camp désormais.

 

Des tiers de confiance pour des réseaux vraiment sociaux

Il nous faut des tiers de confiance qui vérifient photos, films, citations, chiffres… Avec des classements mensuels détaillés, pour éclairer en polémiquant, avec un « budget pour la démocratie ». Il y aura donc des tensions avec et entre ces vérificateurs, mais on saura qu’on ne peut écrire n’importe quoi pour des raisons dites « idéologiques », souvent de places et d’ego. On n’évitera pas la concurrence entre les systèmes, mais au moins, on saura ainsi, derrière ce « peuple qui commande », qui le fait en son nom.