Nous en rions
« Ah, j’ai enfin retrouvé votre mail : il était passé en Spam » – écrit l’un. « En Spam ? Mais qu’est-ce donc ? Mon mail en Spam ! Et qu’en avez-vous fait ? » répond l’autre.
Spam ?
“SPAM”, c’est un acronyme pour Spiced Pork And Meat. Nous sommes en 1937, où il s’agissait d’une ration militaire pour temps de guerre. Référence incompréhensible aujourd’hui, sauf si nous pensons à un sketch des Monty Python où, dans un restaurant, tous les clients crient « Spam », incapables de se comprendre et de communiquer au-delà. Depuis, le « mot » a fait florès, remplacé par pourriel chez les Canadiens francophones ce qui est bien plus parlant que « courrier indésirable ». Nous voilà donc menacés de Spams. Certains sont destinés à encombrer la corbeille, ce qui aurait autrement occupé notre attention à lire de multiples publicités et newsletters, dont il est souvent si difficile de se désinscrire. Pire, d’autres Spams peuvent nous inquiéter, vouloir de nous quelqu’argent (ransomware, rançongiciel), quelque information privée ou code (phishing, hameçonnage) ou encore mettre à mal notre organisation informatique (malware, logiciel malveillant). En fait, cette même ration, qui était de survie en 1937, peut nous causer aujourd’hui énormément de désagréments.
Nous « antispamer » ?
Pour mieux vivre dans le monde actuel, il faut donc nous « antispamer », en espérant que cela suffira. Mais ceci implique quand même de maitriser les techniques de protection de l’ordinateur, et aussi de s’assurer contre les agressions. Évidemment, ce n’est ni très difficile ni très cher pour l’individu moyen, mais implique d’autres comportements et investissements pour l’entreprise : proscrire les clefs USB (Universal Serial Bus !) dont on ne sait d’où elles viennent, ni ce qu’elles contiennent, complexifier les codes confidentiels, les garder pour soi et dans un endroit sûr. En fait, dans un monde plus complexe et menaçant, il faut être constamment plus vigilant : c’est une bonne chose. Mais encore ?
Riposter ?
French Response : c’est alors que le… Ministère des Affaires étrangères nous vient, avec sa propre ration de survie. Il a compté que la France est le deuxième pays d’Europe le plus ciblé après l’Ukraine, sans doute pour sa défense de ce pays et sans doute aussi par des attaques venues de Russie. Ce qui est intéressant, c’est que les réponses françaises comportent toutes une bonne dose d’humour ; il est à souhaiter que cela suffise et remplace des actions « officieuses », disons des attaques préparées puis menées par exemple contre des entreprises russes d’armement ? On nous parle souvent des attaques cyber russes contre des entreprises, des lycées et des hôpitaux. Jamais de nos ripostes : il n’y en aurait donc pas ? Il nous serait impossible d’intervenir dans les raffineries et les usines de drones, en évitant bien sûr les centrales électriques et les hôpitaux ? Secret défense ?
La bombe atomique est dangereuse…
Si elle est seule. La dissuasion dissuade, si et seulement si elle a les moyens de l’escalade. Dans le cas français, selon un protocole largement diffusé, il n’y a pas de dissuasion sans information : une frappe nucléaire est ainsi prévue (sur une cible au fond secondaire) avant le déluge final, et réciproque. Ceci n’a de sens que précédé d’attaques conventionnelles de gravité croissantes, elles-mêmes précédées de gammes de sanctions économiques, entre embargos et droits de douane. Nous y sommes, ce qui renforce chacun dans sa détermination : Russie avec l’Ukraine… en attendant, Chine avec Taïwan… en attendant, États-Unis avec le Groenland… en attendant.
Nous discutons ici de la cantine scolaire à 1 euro…
Pour ne pas voir l’essentiel : la fin du système qui a cantonné la guerre entre grands… pour permettre celles entre petits. Nous préférons à la dissuasion la distraction ! Parler de guerre nous fait peur, ce qui nous évite de nous armer assez en Europe. Nous préférons les querelles de partis. Alors, être poussés à la guerre pour défendre des intérêts « étrangers » nous fait autant réagir que Déat en 1939 pour qui « combattre avec nos amis polonais… c’est une perspective qu’on peut courageusement envisager, si elle doit contribuer au maintien de la paix. Mais mourir pour Dantzig, non ! ». Pour Kiev alors, maintenant que nous connaissons mieux Poutine, pour Narva en Estonie à la frontière russe ? Ou pour Nuuk, au Groenland, que convoite Trump ? Non !
