Léon XIV et Donald Trump… débattent

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 Léon XIV et Donald Trump… débattent

Rome, Saint-Louis-des-Français. L’église est close pour raisons de sécurité. Le Pape (qui a tout organisé) et Donald Trump discutent devant le tableau du Caravage : La vocation de saint Matthieu.

Donald Trump : Cher Léon, enfin un Pape américain ! Je commençais à soupçonner vos structures de vote…

Léon : Cher Président : non, aucun problème ici, l’Esprit Saint veille. Regarde ce chef d’œuvre en face de nous : Lévi, receveur des impôts, compte les pièces et se demande qui est ce barbu qui le désigne du doigt. Ce barbu est le Christ, et ce Lévi va se lever, abandonner les pièces des impôts et le rejoindre. C’est le futur Saint Matthieu. Voilà ce que nous vivons, entre le monde terrestre et l’appel de Dieu. Je suis un Américain de ce monde, mais je pense toujours à l’autre, qui nous attend tous deux.

Donald : OK, moi je m’occupe surtout du pays qui est le nôtre, pour le renforcer et le protéger. C’est pour cela que je compte mes milliards de pièces de monnaie et que j’augmente les droits de douane : rien n’est gratuit. Et ce serait bien d’entendre, de ta part, un message d’appui et d’encouragement.

Léon : Cher Président, cher Donald : chacun sa mission. Toi tu t’occupes de la partie américaine de la Cité des Hommes et moi davantage de la Cité de Dieu. Évidemment elles sont liées, jusqu’à la fin du monde. Ce que je fais, c’est m’occuper autant que je puis de la Cité des Hommes. Je m’occupe de ceux qui sont attaqués, blessés, malades, pauvres, forcés de quitter leur pays pour mieux vivre ailleurs. Et je vois que, de plus en plus, ces migrants, ces pèlerins de la misère, sont chassés du pays où ils arrivent, après tant de souffrances.

Donald : Cher Léon, ces migrants viennent ici car les autorités de leur propre pays sont incapables d’organiser une économie stable et saine. Ils sont trop nombreux pour pouvoir être intégrés, partager nos valeurs, avoir un travail déclaré. Souvent ils sont violents et gagnent (bien) leurs vies en vendant leurs drogues, ce qui pourrit nos propres vies. Veux-tu que j’ouvre mes frontières et reçoive tous ceux qui vivent dans un pays mal géré ?

Léon : Cher Président, cher Donald : je sais que ce monde est loin d’être parfait car nous, les hommes, sommes loin de l’être. J’entends que tu interviens violemment en Amérique latine, en Iran, pour amener plus de paix, dis-tu. Mais tu sais que faire la guerre n’amène pas la paix, si on ne pacifie pas les sociétés en guerre.

Donald : Est-ce que tu crois que j’ai le choix ? Que ferais-tu donc à ma place ?

Léon : Cher Président, cher Donald : la Cité des hommes est celle de l’amour de soi, un amour orgueilleux, de la soif du pouvoir et de la gloire, qui mène à la destruction. La Cité de Dieu est celle de l’amour de Dieu. C’est de Saint Augustin, entre 413 et 426. Nous vivons dans les deux, oui nous n’avons pas le choix, mais nous devons appliquer l’éthique chrétienne, c’est pour le coup notre choix et la base de notre dignité. Nous devons rechercher la coexistence la plus juste et pacifique entre les peuples.

Donald : Léon, alors il faudrait renforcer le multilatéralisme, dialoguer, chercher le consensus ! Mais c’est épuisant ! Tous les chefs que je rencontre veulent la paix, même Poutine ! Tu rêves.

Léon : Je ne rêve pas, je crois. Et dire que tous les hommes politiques veulent la paix est faux : ils veulent leur paix, celle qui leur va bien, après avoir gagné leur guerre.

Donald : Léon, eh bien moi, je fais le pari de Pascal : je parie que Dieu existe parce que ce pari ne coûte rien.

Léon : La foi n’est pas une question d’argent, ni un choix rationnel et volontaire. Elle est un engagement et, plus on est puissant, plus il faut œuvrer pour pacifier les relations entre les hommes.

Donald : Eh bien, je crois que j’ai ma foi et le prouve à ma manière par la diplomatie sous contrainte. Sinon en gagnant la guerre et en faisant signer la paix par le perdant.

Léon : Mais cette paix ne peut durer. Elle alimente le désir de revanche de l’un, celui d’en profiter de l’autre. Elle enfante la guerre.

Donald : Mais une « bonne guerre » peut enfanter une bonne paix, qui dure ! Nous n’allons pas sortir de cette discussion. Chez moi, c’est bien plus simple.

Léon : Regarde, cher Président, cher Donald, cette peinture du Christ qui cherche ceux qui vont le suivre. Je crains de ne t’avoir pas convaincu.

Donald : Heureusement ! Je reste MAGA et conserve mes pièces. Je ne crois que ce que je vois. Et toi, sois américain.

Léon : J’aurai essayé de t’expliquer.