A chaque minute, ses nouvelles : les chocs iraniens font une nette cassure dans l’économie mondiale. Fait plus perturbant encore, il n’est pas sûr que les marchés financiers nous montrent ce qu’il faudrait faire, quoiqu’ils prétendent, moins encore leurs erreurs. Les marchés, un miroir qui ne réfléchit pas ? On peut en effet se poser la question avec l’amoncellement de guerres au Moyen-Orient : Iran, Israël, Liban, plus tous les pays du Golfe, plus les blocages du détroit d’Ormuz (du nom d’une ile iranienne) et de Bab al-Mandab (« porte des lamentations », du fait de ses courants contradictoires). En tout, les trafics maritimes de pétrole, gaz, engrais… se réduisent de 90%, ce qui va avoir de graves effets, multiples et durables. Que disent les marchés ?
Inflation
C’est le premier choc, il atteint la France en mars 2026. Les prix augmentent de 1,7% sur un an, après 0,9% en février. Heureux février, où les prix de l’énergie baissaient de 2,9% sur un an : maintenant, c’est une hausse de 7,3% en mars sur un an ! En zone euro, la hausse des prix atteint 2,5% en mars, toujours sur un an, contre 1,9% en février.
Que va-t-il se passer ? La BCE ne baissera plus ses taux, les marchés prévoient même deux hausses en 2026 : ils vont vite en besogne, avec une croissance fragile ! Aux États-Unis, plus qu’en France avec le prix de l’expresso au zinc, c’est le prix du gallon (3,8 litres) passant les 4$ qui fait réagir. On se souvient que, lors de son « Adresse au Congrès » du 24 février 2026, le Président Trump se vantait des 2$. Mais, pour les marchés, il y a une différence entre ne plus baisser les taux pour contrer un ralentissement inquiétant (c’était auparavant le cas) et les monter pour lutter contre l’inflation, sachant que ceci va encore freiner la croissance. Décision : attendre, d’autant que des travaux annoncent la longueur de cette vague inflationniste — elle passe des importations à l’industrie puis aux services, autrement dit : pourrait s’installer…
Budget
Assez vite, le prix de l’essence appelle, par médias interposés, à une aide publique. On verra à la télévision les images des prix à la pompe, on interviewera des automobilistes (mécontents) et des politiciens d’oppositions (pleins d’idées). Mais on percevra en même temps les limites imposées par la dette publique : le Covid est passé par là. Des aides sont proposées, coûteuses en Italie avec une baisse des taxes, limitées en Grande-Bretagne (100 livres), psychologiques en France : appels à la concurrence, recherche de « bons élèves » (Total), menaces sur les « mauvais », dont les noms seraient divulgués et les entreprises pénalisées. Mais tout cela risque de ne pas suffire si la guerre dure, malgré les diminutions des stocks stratégiques de l’Opep et des différents pays. Moins de croissance, déficits budgétaires en hausse, plus d’inflation, troubles sociaux : voici ce qui nous attend. Y sommes-nous prêts ?
La montée du risque mondial
Car ce n’est pas tout. La montée des taux d’intérêt, qui incarne la prime d’assurance des prêts des emprunteurs, au-delà de celle des besoins en investissement, ne fait que commencer. La boîte de Pandore des risques géopolitiques vient de s’ouvrir. Le départ des États-Unis de l’Otan est une formalité : un accord de défense mutuelle repose sur la crédibilité de l’engagement de chacun. Il suffit que les États-Unis s’interrogent à son sujet pour qu’il s’effondre. Il ne s’agit pas de la facture des pays européens ou de leur refus d’intervenir en Orient, qui n’a rien à voir avec l’Atlantique Nord : les 32 pays membres vont s’interroger, en pleine guerre russo-ukrainienne, sur leur devenir. De son côté, le conflit avec l’Iran peut s’étendre, pays plus endurant que « prévu », pour devenir une crise énergétique et alimentaire mondiale. Les marchés découvrent la gravité et la complexité du problème.
Il faudra des années pour répondre à ces ruptures. La première est écologique, avec l’instabilité climatique, source de crues et de sécheresses, la seconde est démographique, source de manques de main d’œuvre ici et de migrations là, la troisième est technologique, source d’innovations qui chamboulent tout.
Le plus grave
Les marchés aiment souvent le plus simple. Donald Trump assure (ou assurait) que l’essentiel est(était) réglé et que ceux qui ont besoin de pétrole n’ont qu’à aller se servir. Mais voilà que les marchés doutent. La myopie est-elle donc une maladie qui cache les problèmes annoncés ?
