Préparez votre kit de survie

- Ecrit par

 Préparez votre kit de survie

Les réseaux sociaux résonnent autour de nous, pour ne pas nous faire raisonner, depuis que les autorités ont demandé de préparer un kit de survie. Pas de panique cependant : il s’agit officiellement de « votre kit d’urgence ». Il n’est donc pas question de répondre aux drones, aux tanks, moins encore de se préparer à une attaque nucléaire russe avec notre couteau suisse et nos bouteilles d’eau. La crise grave attendra, la mort avec, pendant les 72 heures où nous n’aurions plus d’eau, de gaz ou d’électricité, et où les routes seraient impraticables. Nous voilà prévenus, sinon préparés.

De fait, « lorsqu’une catastrophe majeure survient », selon les mots officiels, les premières heures « sont souvent les plus éprouvantes ». On le conçoit. Dès lors, « ce kit préparé à l’avance vous permettra de rester chez vous plus sereinement dans l’attente des secours. Il vous sera aussi très utile en cas de départ précipité ». Ayons donc, avec un sac solide (et étanche) une radio à pile, avec piles de rechange (mais vous avez parlé de 72 heures !), nos médicaments, une trousse de secours, un couteau suisse, un ouvre-boîte, des conserves qui n’ont pas à être chauffées, des vêtements (chauds), une lampe torche avec piles (mais vous avez parlé de 72 heures !), des bougies, un chargeur de portable (mais si l’électricité est coupée ?), de l’argent liquide, 6 litres d’eau par personne, une paire de lunettes de secours, un double de clefs, des jeux pour passer le temps (mais vous avez parlé de 72 heures !) et des photocopies de nos documents essentiels, dans une pochette étanche. Tout sera donc prêt, attendons « sereinement » la venue des services publics.

Et si nous préférons doubler nos chances (ou au cas où il s’agirait d’une « catastrophe majeure » de plus de 72 heures), nous pouvons aller sur internet. Nous y aurons, pour 28 euros, un kit de survie militaire (avec un couteau pour construire (?), se nourrir (?) ou se défendre, un « stylo tactique » brise-vitre, une couverture de survie et un sifflet ultra puissant…). Si nous sommes plus inquiets, prévoyons 200 à 300 euros pour plus d’équipements et 1200 pour tenir trois mois, avec de la nourriture lyophilisée.

Bien entendu, comme toujours en France, on dira que tout ceci est anxiogène, inutile puisque la Russie cultivée de Tolstoï ne nous attaquera pas (et celle de Soljenitsyne ?) d’autant que nous avons « la bombe » (et si Poutine envahit la Lituanie ?) ? Et si, et si ? C’est oublier que la dissuasion est faite pour menacer l’agresseur de pertes irréparables pour lui, équivalentes à celles qu’il nous aura fait subir. La dissuasion n’est pas un dôme (doré) : c’est l’annihilation de celui qui aura attaqué d’abord, puis la mort de tous. L’anecdote est célèbre : lors d’une réception à l’Élysée, en 1963, De Gaulle répond à l’ambassadeur russe qui agite la menace de la destruction de Paris par Moscou : « Eh bien, monsieur l’ambassadeur, nous mourrons ensemble ! ». Il aurait pu ajouter, mais il était plus diplomate que son interlocuteur, que Moscou aurait également disparu ce même jour. 62 ans plus tard, nous frémissons quand le chef d’état-major des armées nous demande « d’accepter que nous vivons dans un monde en risque et que l’on peut utiliser la force. (…)  Nous avons tout pour dissuader Moscou. Ce qu’il nous manque, c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour défendre la Nation. (…) Il faut accepter de perdre nos enfants, de souffrir économiquement. Si nous ne sommes pas prêts à cela, alors nous sommes en risque ». La dissuasion est l’arme ultime de la panoplie de défense, mais seulement dissuasive parce qu’il y a l’infanterie, des tanks et des tankistes, des drones et des dronistes, des avions et des aviateurs, des sous-marins et des sous-mariniers… En leur absence, nous sommes vulnérables. « L’arme ultime » impose les autres armes, sauf à devenir un danger. Préparer notre kit d’urgence nous fait peur, lui qui doit être à portée, bien plus que ce qui se qui se passe à Kiev, 2400 km, ou à Gaza, 3400km, sur cette télévision que nous pouvons éteindre !

80 ans de paix en France ont leur prix :

Mourir pour la Patrie
C’est le sort le plus beau, le plus digne d’envie…

Nous avons oublié l’hymne national de la Deuxième République, de 1848 à 1852, ce Chant des Girondins trop favorable à la perte de nos enfants. Nous préférons le Chant des Marseillais, pourtant moins pacifique :

Qu’un sang impur
Abreuve nos sillons.

Comprenons-nous ce que nous chantons ?