Le trou noir de l'épargne mondiale

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 Le trou noir de l'épargne mondiale

Tous ceux qui épargnent perdent (sauf s’ils lisent ce papier) ! « On » veut les décourager pour qu’ils dépensent et investissent plus, mais ils entassent plus !


Voilà des années que les banques centrales ne cessent de baisser leurs taux d’intérêt à court terme : -0,1% au Japon, 0% en zone euro et bientôt 2% aux États-Unis, en attendant moins. Et comme ce n’est pas assez pour faire repartir la machine économique, et l’inflation avec, elles achètent des bons du trésor à 10 ans pour faire baisser davantage les taux longs : 2% aux États-Unis pour 1,6% d’inflation, -0,1% au Japon pour 0,7% d’inflation, -0,07% en France pour 1,2% d’inflation. Aujourd’hui, 75% des bons du trésor japonais sont perdants, 50% en zone euro et 30% des obligations d’entreprises « de qualité » (investment grade).

Quelle histoire ! Jamais il n’y a eu autant d’argent dans le monde pour se protéger, pour gagner quelque argent ou poursuivre une activité, même déficitaire, et tout cet argent (se) perd ! Viennent les banques centrales, pour accentuer la paupérisation mondiale. Puis les banques, leurs affidés ! Du calme : c’est pour votre bien, vous dit-on. Pour repartir, il faut que l’épargne des uns perde pour que celle des autres reparte, par le profit. Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à combien ?

Il y a ceux qui perdent parce qu’ils veulent se protéger.


Ils vont vers ce qui est, pour eux, plus sûr : le bon du trésor de leur pays (quand même !), ou américain, allemand (-0,32%), suisse (-0,61%).

Il y a ceux qui veulent gagner quelque argent, en allant vers des placements plus risqués, et de plus en plus.


Le bon du trésor grec à 10 ans rapporte 2,1l%, mais il est grec. L’italien rapporte 1,5%. Le temps n’est plus où il rapportait le double : il y a un an ! Ou alors, il faut aller vers les obligations d’entreprises « risquées ». Mais les « hauts rendements » (high yield) des entreprises risquées américaines (notées BBB) rapportent moins de 3,8%, contre 4,7% en janvier. Bon, allons vers les BBB des pays émergents. Quoi ! Elles rapportent 3,85%, comme les BBB américaines !

Ce monde est fou ! Non : pas fou mais il peut mourir de peur, s’il continue ainsi. Il a très peur, donc épargne beaucoup d’argent liquide, pour lutter contre sa peur. Mais il l’augmente ainsi, sans le savoir. Le trou noir se met à tourner et s’étendre : ce n’est pas parce que le prix du risque baisse (le taux de l’intérêt) que le risque baisse. Au contraire !

L’argent qui a peur se place à n’importe quelle condition. Il paye pour se protéger, ce qui fait baisser le prix de celui qui a moins peur (ou ne se rend pas compte des risques pris). Et les banques centrales s’y mettent, en achetant les bons du trésor ! Après la baisse des rendements des bons du trésor, on en vient ainsi, en zone euro, à celle des taux des entreprises, jugées sûres et rémunératrices, jusqu’à ce qu’elles ne soient ni rémunératrices, ni sûres ! Près de 500 milliards d’euros d’obligations d’entreprises sont à taux négatifs, et 14 junk bonds, dont Altice ou Nokia.

Alors, ceux qui veulent gagner de l’argent vont en bourse, puisque la croissance va baisser !

Ils parient sur plus de baisse des taux, parce qu’ils craignent un ralentissement mondial d’origine américaine, avec ses effets sur la Chine ! Les bourses montent, non parce que la croissance devrait s’accélérer, comme avant, mais puisqu’elle décélère aux États-Unis ou stagne en zone euro, avec l’idée que les taux d’intérêt vont, alors, encore baisser ! Et si les liquidités deviennent encore moins chères, les entreprises s’endetteront pour investir un peu, et surtout racheter leurs titres et leurs concurrents. Avec leurs dividendes maintenus, les rendements deviennent énormes : 13% pour Alstom, plus de 9% pour la Générale, plus de 6% pour Renault, Crédit Agricole ou Axa !  Et si Donald Trump fait pression sur Jerome Powell pour qu’il baisse ses taux, soit parce que la croissance peut fléchir ou parce que l’inflation n’est pas encore à 2%, les « bonnes raisons », les bourses remontent, même s’il menace la Chine, la Corée du Nord, la Turquie ou l’Iran !

Et viennent ceux qui veulent gagner de l’argent… en achetant de l’or !


Il est au-dessus de 1400 dollars l’once, certes au-dessous des 1800 de 2012, mais rien à voir avec les 400 de 2005, les 1000 de 2010.

Tout est en place pour le trou noir : la peur, avec l’argent qui s’y engouffre, et celui qui veut en profiter. Pour ne pas être aspirés, il faut s’en éloigner. Le contraire de ce qu’on fait !