29200 milliards de dollars : c’est le PIB américain, 56% de plus que celui de la Chine, avec 18700 milliards (source : Trading Economics). Mais, dans cinq ans, la croissance des premiers gagnant, par hypothèse, 2% l’an, la seconde 4%, l’écart se réduirait à 32%, puis, dans encore cinq ans, nous voilà seulement 20% de différence — évidemment sous les mêmes hypothèses de continuité des taux de croissance.
Ces simples calculs donnent peut-être la base de la politique américaine actuelle. Ils permettent de réunir les hausses de taxes douanières à l’import, de réduire le nombre de permis de séjour d’étudiants chinois, de circonscrire TikTok, de diminuer les exportations russes, vénézuéliennes, iraniennes de pétrole pour freiner, par tous ces canaux, la croissance chinoise très avide d’énergie. Je sais, il faudrait raisonner en Parité de Pourvoir d’Achat (PPA), mais seulement si l’on veut comparer les niveaux de vie des économies. On trouverait alors que le PIB chinois atteint 41000 milliards de dollars en PPA et l’américain 31600, mais il se… trouve que les pays n’échangent pas en ces monnaies théoriques, qui égalisent leurs niveaux de vie, mais en vraies monnaies convertibles. C’est le cas du dollar au premier chef, dont la valeur dépend en fait de l’ensemble des facteurs de production et des politiques menées par tous les pays. Ces écarts de croissance reflètent les puissances des économies dans le monde, mettant les États-Unis et le dollar en tête.
De son côté, la Chine sait bien ce qu’elle fait. Elle croît très vite parce qu’elle exporte plus que tout autre grand pays au monde, avec un excédent commercial de 1200 milliards de dollars l’an dernier : +20%. Elle exporte beaucoup parce qu’elle consomme peu, avec une importante masse d’épargne qui se porte vers l’immobilier, y alimentant bulle et surproduction. Freiner la croissance chinoise, c’est alors risquer de déclencher une crise financière en chaîne dans le pays (et au-delà ?). Derrière ces investissements en logement, il y a en effet des banques locales ou régionales, plus l’épargne de nombreux chinois désireux d’obtenir un complément de retraite par des locations. Cependant, à voir les photos d’immeubles inachevés (corruption ?), on peut penser qu’une part de cette épargne est perdue. Freiner la Chine est donc un élément majeur de la pression américaine sur les autorités chinoises, économique, social, politique.
C’est ici qu’entre en jeu le bras de fer sur les changes. Donald Trump indique depuis longtemps qu’il trouve le dollar trop cher, « donc » que, pour lui, les pays qui ont vis-à-vis des États-Unis d’importants excédents bénéficient d’une monnaie sous-évaluée, au point qu’il se demande dans quelle mesure il n’y a pas là quelque manœuvre. C’est avec ces propos que le yuan gagne 5% en un an seulement (malins, les Chinois), et l’euro 14%. C’est le prix (élevé) à payer pour les excédents de l’Allemagne et de l’Irlande, tant pis pour les autres.
Vouloir une baisse du dollar implique des baisses des taux de la Fed, la banque centrale américaine, elle qui vient de les maintenir lors de sa dernière réunion. Fed qui, par la bouche de son président Jerome Powell, explique cette pause (qui énerve Trump) parce que l’économie américaine ralentit, mais lentement, et que l’inflation, un peu au-dessus des 2% recherchés (2,4%), bénéficiera des gains de productivité liés à l’IA. On peut penser aussi que cette pause tient à la situation internationale, avec les tensions autour du Venezuela et de l’Iran. Plus encore, la Fed attend son nouveau président, Kevin Warsh, qui doit être confirmé par le Congrès.
Surtout, vouloir freiner la Chine est à mener prudemment. L’essentiel est de maintenir, sinon d’accroître, la croissance américaine au moment où l’immigration est très ralentie et où se mènent des expulsions de travailleurs sans papiers, dans les services, la construction et l’agriculture. Elles réduisent l’activité, font monter les salaires pour attirer de la main d’œuvre, quand le chômage est déjà bas, ce qui implique des gains de productivité importants et continus. Ceci en sachant que le ralentissement de la croissance en Chine peut y faire monter les prix et que ce pays pourrait moins acheter de bons du trésor US… et en parle. La Chine en a moins qu’avant, mais 760 milliards de dollars quand même, derrière les 1060 japonais.
MCGA : Make China Great Again ? La freiner avec ses talents, ses alliés (et débiteurs), plus ses terres rares, ceci va secouer.
