Inquiets ils le sont, ces sept économistes de renom qui se réunissent, par Zoom interposé, pour savoir comment peser dans la présidentielle qui vient. Tout les sépare : références, idées, méthodes. Mais tout les réunit aujourd’hui : la crainte de disparaître devant les économistes autoproclamés de la presse, des réseaux et plus encore des télévisions en continu, où il s’agit de réagir très vite avec les mots qui fâchent, avec la formule simple qui sera reprise, sans avoir lu le dossier et sans être à jour de la théorie, de loin. « Priorité au direct ! » Le doyen (à tous les sens du terme) du groupe, qui a pris l’initiative de monter la réunion, commence.
Le doyen : Chers collègues, d’abord merci d’avoir accepté mon appel à se réunir. La raison en est simple : ce qui m’inquiète est le risque de mort pour notre profession, ses analyses fondées, avec le temps qu’il faut pour les produire et la complexité des résultats obtenus. Face à la multiplicité des explications et des solutions, nous trouvons toujours cette « Priorité à la simplicité ! » qui nous tue. Nous buttons sur le délai nécessaire pour comprendre et tester les solutions, mais surtout sur les trois qui causent nos « problèmes » et bloquent lesdites solutions : Trump, Xi, Poutine. Sachant que trois sujets — climat, démographie, IA — sont en tête de nos interrogations et de nos propositions ? Mais ils s’en moquent.
L’écologiste : Oui, soulignons ce qui se passe en matière écologique. Le climat ne dit pas tout. La chaleur, c’est aussi la sécheresse, la crise de l’eau, celle des animaux avec les virus et de la disponibilité de nourriture pour les populations… Comment mesurer les effets de ce qui se passe et menace, comment mener des politiques adéquates ? La question écologique est multiforme, multi-pays et multi-périodes. On ne l’appréhende qu’avec la température, ce qui est ridicule ! En plus, les politiques des ménages, des firmes et des états ne sont ni coordonnées, ni suffisantes. Et nous, que faisons-nous ?
Le démographe : Dans notre spécialité, ce qui se passe est une catastrophe. La démographie est devenue le nombre de naissances moins les décès, par mois. On en tire des conséquences sur le « dépeuplement » et des débats sur l’immigration qui sont surtout politiques, avec toutes leurs limites, pour explorer des solutions. Rien sur l’automatisation, la robotique, le télétravail et la gestion des structures de production, de logement, de sport, de formation et de santé. Et nous… ?
L’économiste financier : Il n’y a que les bulles, les scandales sur les e-monnaies qui importent, que la disparition des petites banques qui attirent l’attention, plus les réunions de la Fed et de la BCE. Mais quand même, ce qui se passe dans l’industrie, la gestion de l’épargne et du financement est décisif pour mieux financer les ménages et les entreprises, avec moins de risques et des taux plus faibles, donc pour avoir plus de croissance et d’emplois. Et nous… ?
Le fiscaliste : J’ai de plus en plus de difficultés à expliquer que les impôts ne sont pas là pour réduire les inégalités, mais d’abord pour financer l’État, de sorte qu’il puisse fonctionner au mieux et assurer le plus de croissance « soutenable » possible. Or, il n’y a qu’une chose qui intéresse : que les riches payent ! Je m’use à dire que nous sommes aussi « inégalitaires » en France que nos voisins anglais ou allemands, moins que les Chinois, évidemment moins que les Américains et bien moins que les Russes. Mais rien n’y fait. On ne parle que de nos 52 milliardaires selon Forbes, pas de ce qui se passe ailleurs, nous concurrence et nous menace. Aucune fiscalité efficace pour avancer ! Et nous… ?
Le géopoliticien : On ne nous parle que d’Empires qui se consolident (États-Unis, Chine) se refont (Russie, Turquie) ou s’unissent (BRICS+), face à une Union Européenne empêtrée dans ses normes et ses tensions. Et nous… ?
L’écopoliticien : La politique a partout pris le pouvoir, mais pas la bonne. Bien sûr nous économistes ne sommes pas d’accord sur tout. Notre solution œcuménique : la croissance, marche moins pour la révolution technologique, les inégalités ou l’écologie. « Avant », une politique était possible avec des choix économiques, donc une majorité politique gérant ou… imposant des choix. Et nous… ?
Le doyen : Et nous ? Il nous faut démontrer que démocratie et économie sont compatibles, avec subventions et dettes à la clef bien sûr. J’écris un Manifeste.
Tous : Du Parti Économiste ?
