Mitterrand et Kohl s’angoissent

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 Mitterrand et Kohl s’angoissent

Les échanges post mortem ne cessent de se développer. Une erreur nous en a mis en copie d’un, particulièrement important.

Mitterrand : Cher Helmut, j’espère que nous ne commettons pas une terrible erreur avec l’euro. D’un côté, il fallait accepter la réunification de l’Allemagne : impossible de dire non à ceux qui choisissent la liberté. D’un autre, j’ai toujours voulu réduire les communistes, bien avant de devenir socialiste. L’histoire nous impose la première et mon expertise politique nous a amené la seconde. Et nous voilà donc derrière toi en Europe, toi qui es devenu le plus important de tous par le PIB, et me voilà moi sans pouvoir sur ma monnaie, sans possibilité de dévaluer quand nous dépensons toujours plus que ce que nous gagnons. Autrement dit, je me retrouve avec une dette publique qui nous échappe dans un pays moins puissant. J’espérais, et espère encore, que les politiques français comprendront l’avantage offert par ce premier marché du monde que nous mettons en construction, pour changer enfin de comportement.

Kohl : Cher François, je comprends tes soucis, avec tes compatriotes. Ils veulent la relance par la consommation ! Moi aussi j’ai les miens, de soucis : nos Verts se trouvent dans un terrain plus vaste pour propager leurs peurs sur le nucléaire, la pollution et les armes. En plus, l’Est peut nous réserver de mauvaises surprises quand nous verrons à quel point leurs « usines » sont pourries et que mon échange, 1 mark de l’Ouest vaut 1 mark de l’Est, est plus flatteur que réaliste. Peut-être regretteront-ils la férule marxiste et que l’Ouest en aura assez de payer pour eux. Qui sait ? Mais, comme toi, je pense qu’ils comprendront, chez toi comme chez moi, qu’il n’y a pas de risque, au contraire, si l’on est sérieux. 

M : Oui, nous dépendrons alors d’un moindre goût français pour la dépense et d’une attrait allemand accru pour l’ordre. Il nous faut des Français qui dépensent moins et voient plus loin…

K : Et des Allemands qui économisent moins et voient plus loin ! Si la Communauté économique européenne devient l’Union Européenne, c’est dire qu’elle est plus politique que jamais, ce qui passe par des alliances internes renforcées et par une nouvelle logique de protection : autant d’Otan, plus de nous.

M : Oui, le Traité de Maastricht s’occupe des déficits budgétaires, tandis que son article 47-2 (« Au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir »), instaure la solidarité militaire au sein de cette nouvelle Union. Mais c’est un équivalent OTAN, avec nos troupes ! Inutile de se fatiguer à se demander si l’article européen est plus protecteur que l’article 5 de l’OTAN (une « attaque armée contre l’une ou plusieurs [parties] survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties »). Si nous allons vers une logique fédérale, il nous faut aller vers une armée fédérale.

K : Nous n’y serons pas avant longtemps ! Chaque général veut ses tanks, ses avions, ses destroyers. Il sait aussi, ceci permettant cela, que les USA nous ont sauvés et nous protègent : nous n’allons pas l’oublier. Impossible de faire sans eux : la protection de l’Union Européenne, c’est encore la leur. C’est pourquoi je m’inquiète si les USA s’éloignent, car ta bombe, François, ne suffira jamais à dissuader ceux qui veulent nous attaquer : la dissuasion, c’est graduel et commence au sol, c’est pourquoi je me préoccupe tant pour nous. En même temps, l’euro nous renforcera tous si nous sommes tous plus sérieux, responsables et travailleurs, Allemands et Français. Quant à la défense, c’est pareil : chacun doit en faire plus, surtout nous les Allemands. Le Général De Gaulle avait raison, trop seul.

M : Les pacifistes sont toujours ici et les attaquants toujours au Kremlin. Et nous ne réagissons pas !

K : Au fond, l’euro fait tomber les masques et montre à quel point la logique fédérale est plus compliquée qu’au temps de la CECA où tous les pays européens étaient fragiles. Maintenant ils vont mieux et rêvent d’être souverains, alors que la souveraineté est moins que jamais absolue mais relative à ce que nous pouvons faire ensemble, pour avancer dans ce monde plus violent.

M : D’accord avec toi, Helmut, nous devons aujourd’hui faire face aux conséquences des succès de l’Europe et de l’euro.

K & M : Preuve : « ils » veulent nous séparer !