Récession mondiale : une forme de virus ? Comment la traiter ?

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Jean-Paul Betbeze évoque les risques de récession mondiale liés à l'apparition du coronavirus chinois.

Récession mondiale : une forme de virus ? Comment la traiter ?

D’abord, il est bien clair que l’épidémie en cours, en Chine et au-delà, est un drame humain qui mobilise des énergies, des savoirs, des coopérations pour l’atténuer et le combattre aussi vite que possible. Cependant, notre approche est ici plus économique et financière, ce qui ne veut pas dire qu’elle est déshumanisée. Au contraire même, les leçons à en tirer peuvent aider, sinon à éviter de telles crises, au moins à les limiter. L’économie et la finance peuvent, ici, servir.

Ainsi, à la question « l’épidémie de coronavirus  peut-elle engendrer une récession mondiale ? », la réponse semble être : « non ». Non malgré la montée actuelle des chiffres : 60 morts, 2000 personnes contaminées, partout dans le monde. Pourquoi ? Parce que la Chine a manifestement appris trois choses depuis la crise du SRAS en 2003 (Syndrome respiratoire aigu sévère), en liaison avec la claire affirmation de sa stratégie d’émergence mondiale : un, toutes les récessions sont en fait des épidémies – sanitaires ou pas, deux, elles se traitent beaucoup par des actes éclatants, donc beaucoup par la psychologie, trois la Chine ne peut pas devenir la première puissance mondiale si elle est perçue comme étant sanitairement risquée (n’oublions pas la peste porcine toujours en cours). Donc la Chine fera tout ce qu’elle peut pour endiguer le processus et frappera autant que possible les esprits en retenant des actions spectaculaires et, bien sûr aussi, efficaces. Espérons-le !

D’abord, il est évident que la crise sanitaire qui naît à Wuhan est grave. Voilà quelques jours, dans cette ville de plus de dix millions d’habitants (huitième du pays et deuxième de l’intérieur) et centre d’une aire urbaine de plus du double, plusieurs personnes se sont plaintes de problèmes respiratoires et plusieurs dizaines sont mortes. Le nombre de malades et de morts est ainsi devenu, avec leur localisation, l’objet d’un suivi quantitatif et géographique, pour mesurer la gravité de l’épidémie, à partir de sa vitesse de propagation. Car Wuhan, qui fut nommée « le Chicago de la Chine », est un important hub de communications et d’échanges internes et internationaux et le premier port fluvial du pays. C’est là que PSA assemble principalement ses modèles et que viennent le plus d’investissements français. Wuhan est une ville mondialisée, où la France est très présente et les Français nombreux.

Ensuite, toutes les récessions sont virales, sanitaires ou pas, coronavirus ou pas. Il leur faut toujours une source, des raisons et des lois de propagation. Toujours une source : aucune récession ne démarre dans l’abstrait. Ce sera la santé à Wuhan, avec comme source, dit-on, un serpent ou une chauve-souris ! Ou bien ce sera la finance, comme avec les subprimes aux États-Unis, derrière une montée des risques savamment cachée à des crédits immobiliers. Ou bien ce sera un drone qui attaque une installation saoudienne et qui peut faire monter les prix du pétrole avec les tensions militaires dans la région, ou encore quelque « découverte comptable » qui ferait douter des résultats d’une valeur phare dans un grand indice boursier. Alors, « le problème » est né, le choc avec la peur qui va avec, puis viennent les solutions d’urgence, puis les scénarios de conséquences possibles, puis les enquêtes sur ses origines et les responsabilités, puis les mesures à prendre pour l’avenir. Les raisons sont donc toujours les mêmes : une rupture de la confiance, qui va distendre les relations entre les membres d’une communauté, puis d’une communauté à une autre. Une épidémie est toujours une propagation, réelle et extrapolée, fondée et fantasmée, les deux ensemble. Alors les deux ingrédients de la propagation vont jouer : « l’information », qui pourra être excessive, non vérifiée, anecdotique, va entrer en résonance avec la finance, qui amplifiera la contagion d’origine, comme s’il en était besoin.

Pas d’autre voie, pour contrer les risques de récession virale, que d’agir vite et fort. Mettre en quarantaine une ville de 10 millions d’habitants en Chine, étendre la mesure à d’autres villes, soit à plus de cinquante millions d’habitants, interdire les voyages du nouvel an chinois sont autant de mesures fortes, évidemment efficaces et aussi, pour beaucoup, surprenantes. Elles montrent la volonté des autorités chinoises d’endiguer à tout prix et au plus tôt la double propagation : effective et imaginée. Ainsi, en fonction des dernières nouvelles et de ces mesures, l’OMS, Organisation Mondiale de la Santé, n’a pas décidé de déclarer ce cas d’ « urgence sanitaire mondiale ». Elle l’a déjà fait cinq fois depuis la mise en place de cette procédure : 2005 – grippe porcine, 2009 – H1N1, 2014 – poliomyélite, 2016- virus Zika et, de 2014 à 2016 – fièvre Ebola. Dans tous les cas, les pays ont été rudement touchés dans leurs économies, au-delà même de la crise sanitaire. Pour l’heure, l’OMS attend donc de voir comment les mesures chinoises agissent et ce qui se passe entre états, avant de lancer une alerte internationale coordonnée.

Ce qui semble important, pour les marchés financiers, c’est la force et la vitesse de réaction des autorités chinoises : outre les quarantaines, la construction de deux hôpitaux en dix jours (nous sommes aussi dans le symbole), c’est aussi et peut-être surtout leur désir de transparence. L’indice composite de Shanghai est ainsi passé de 3100 le 20 janvier à 2977 le 23, avant de remonter à 2979 le 24. Evidemment rien n’est enrayé, les marchés mesurant alors, plutôt, un ralentissement économique chinois qu’une récession mondiale. Les indices américains sont un peu plus soucieux, avec un deuxième cas déclaré aux États-Unis, plus de soixante douteux et une baisse du pétrole, pour cause de ralentissement économique prévu. Mais le Cac 40 remonte vers 6025, après une chute à 5968 depuis 6100 le 20 janvier. Tout ceci est évidemment fragile et tendu.

Avec évidence, nous assistons à une double épidémie. La première est sanitaire et tragique avec le nombre de morts et de personnes atteintes, et ceci ne va qu’augmenter, avant de se stabiliser puis de baisser, en fonction de la nature de l’épidémie et des mesures prises. La seconde épidémie est financière, reflétant l’autre, mais poussant surtout à agir. Certes, la finance apprécie les actes d’éclat, et les autorités chinoises le savent, mais elle veut aussi des chiffres. Le Président Xi a parlé d’une « situation grave » où l’épidémie « s’accélère », et la Chine a commencé à fournir des données. Désormais, il lui sera difficile de faire machine arrière. Sauf catastrophe humanitaire, cette crise paraît être un appel à une meilleure politique de sécurité alimentaire et de santé et, au moins autant, à plus de transparence. C’est seulement quand on est crédible qu’on arrête les épidémies d’angoisse. La Chine peut-elle muter ?


Atlantico

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