Quelles sont les nouvelles menaces qui planent sur l'économie mondiale ?

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Cinq ans après la faillite de Lehman Brothers, de nouvelles menaces sont apparues. Par exemple l'endettement excessif des Etats occidentaux et émergents pour sortir de la crise. Résultat : si l'économie mondiale semble se relever, elle peut retomber à tout moment. Cinquième et dernier épisode de la série : La crise 5 ans après son déclenchement. Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/quelles-sont-nouvelles-menaces-qui-planent-economie-mondiale-jean-paul-betbeze-846494.html#4iLq2WBqSk5vuZVD.99

Pour avoir une « belle » crise financière, il faut beaucoup de finance, autrement dit de crédit sophistiqué, de la fragilité dans les économies, des capacités de réponse réduites ou faibles des ménages, des entreprises, des Etats et aussi des Banques centrales, plus de la mésentente entre les acteurs internationaux.

La crise que nous venons de vivre montre bien ce qui s’est passé, avec de la finance « moderne » aux États-Unis surtout, des fragilités partout, mais moins aux États-Unis qu’en zone euro par exemple, ce qui explique qu’ils en sortent le mieux et les premiers. Ajoutons plus de tensions partout, par exemple des montées protectionnistes, heureusement réduites grâce au G20 et à l’OMC. Autrement dit, nous avons eu tous les ingrédients d’une catastrophe mondiale, mais heureusement des réactions, des outils et des organisations qui ont pu l’éviter. Nous avons donc eu très chaud.

Dans le futur, si une crise se reproduit, ou plus exactement quand une nouvelle crise se reproduira, il faudra voir de près ses ingrédients et les moyens mis en place pour la contrer. Regardons donc. Préparons-nous.

La finance d’abord

Le crédit continue de monter en zone euro et désormais dans les pays émergents – Chine d’abord. La zone euro doit gérer sa crise de surendettement, ce qui implique qu’elle doit obtenir plus de croissance privée (par des réformes, et ce n’est pas facile) et qu’elle réduise la dépense publique (ce qui ne va pas de soi). Dans les pays émergents, le ralentissement de début d’année a suscité des craintes. La Chine a réagi la première pour soutenir l’activité avec encore plus de crédit bancaire. Et pourtant, elle abrite des villes et municipalités surendettées, des ménages endettés avec une bulle immobilière et un surinvestissement industriel, autrement dit ici aussi du surendettement latent. Les interrogations que l’on a sur l’Inde et sur la Turquie montrent également, à des degrés moindres, que des crises de balance de paiement peuvent survenir. Donc la zone euro n’est pas guérie et les émergents doivent faire attention.

Des structures bancaires encore trop faibles

On nous avait promis une meilleure surveillance des banques, des assurances et des gestionnaires d’actif. Mais après la crise, les structures bancaires américaines sont encore plus grosses et plus concentrées. Il faudra donc faire plus attention encore. Et ceci est plus vrai encore pour les pays émergents où les régulations et les surveillances doivent être bien plus fortes (et indépendantes) qu’elles ne sont. La transparence, partout, doit faire des progrès : il ne suffit pas de demander plus de fonds propres et plus de garanties par rapport aux risques si on ne mesure pas vraiment ces risques !

La coopération mondiale et les dérives protectionnistes

L’OMC est en panne, or c’est bien lui qui freine et empêche les comportements protectionnistes, qui sont eux-même le vrai moyen d’amplifier une crise. On voit se développer des accords d’échanges entre pays, et non pas globaux : ce fractionnement est dangereux par temps de tension. Le G20 doit s’équiper davantage pour suivre les déséquilibres et proposer des solutions. Ce ne peut pas être une structure qui se réunit sous les caméras, mais une structure permanente d’analyse et de propositions.

Dans ce contexte, la zone euro ne peut rester au milieu du gué. Elle doit aller vers un fédéralisme fiscal, autrement dit faire que la communauté se dote de moyens pour résister aux chocs – puisque les États sont encore très endettés, avec la capacité de solliciter des aides et de fonds de la BCE, si nécessaire. Autrement, elle résistera très très mal.

Au total, nous sommes en convalescence et pouvons tous rechuter. La Chine qui a résisté, et d’autres émergents, doivent faire attention. Le fait que les sorties des politiques monétaires « non conventionnelles » aux États-Unis seront plus lentes que prévu doit pousser à se renforcer, surtout pas à s’endormir.


Atlantico

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