"Quelle rentrée pour les marchés financiers ?" - Débat avec Jean-Paul Betbèze du Cercle des économistes

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Si les marchés ont vécu un été assez tranquille, les interrogations sont grandes en cette rentrée. L’économiste Jean-Paul Betbèze en a identifié sept. A vos questions ! La première question des mois à venir est géopolitique. Les marchés financiers sont inquiets devant ce qui se passe autour de la Syrie, de l’Egypte, de l’Iran, comme ils le sont à propos de l’Irak, de l’Iran et du Pakistan....

La première question des mois à venir est géopolitique. Les marchés financiers sont inquiets devant ce qui se passe autour de la Syrie, de l’Egypte, de l’Iran, comme ils le sont à propos de l’Irak, de l’Iran et du Pakistan. Le point d’interrogation actuel est la Syrie, avec derrière des tensions entre USA et Chine/Russie, ce qui est le nouveau, et grave, problème. Tout est fait pour tenter de freiner l’escalade… nous verrons. La fin de semaine, avec le G20, sera décisive.
La deuxième question vient des Etats-Unis et concerne la normalisation des politiques monétaires. La Fed a annoncé depuis des mois qu’elle allait acheter moins de bons du trésor chaque mois (85 milliards de dollars actuellement). Ceci a, bien sûr, secoué les marchés qui se sont demandés quand et comment les choses vont se passer. Dans quelques jours on devrait en savoir plus, puisque le comité de la Fed va se réunir… et donc le suspense va monter en attendant.
La troisième question vient aussi des Etats-Unis, avec le moment où le plafond de la dette publique américaine sera atteint. On peut s’attendre à des joutes, les Républicains n’ayant pas de vraie raison d’être plus souples… Cette fois, les marchés vont être plus tendus encore, puisque les taux longs sont déjà repartis à la hausse.
La quatrième question vient de la Chine. Son modeste « ralentissement » avait inquiété en début d’année, le voilà dissipé. Mais comment la Chine va-t-elle continuer à soutenir sa demande interne, alors qu’elle est déjà en surinvestissement dans ses entreprises et que ses grandes villes connaissent une bulle immobilière ? Est-ce que cette Chine qui doit ralentir, et qui l’annonce, ne craint pas de le faire… parce qu’alors de « mauvais crédits » vont apparaître ? Comment les marchés financiers vont-ils réagir, face à un ralentissement chinois doublé d’une crise bancaire  de la deuxième économie du monde ?
La cinquième question vient des autres pays émergents, coincés entre des Etats-Unis qui font monter leurs taux d’intérêt, et qui font donc monter les taux d’intérêt du monde, et une Chine qui veut ralentir. Ils voient un risque de corner. Avec moins de croissance, des taux longs plus élevés, leurs taux de change sous pression, et leurs populations qui veulent plus de croissance, comment vont-ils faire ?
La sixième question vient de la zone euro, après les élections allemandes. Quelle politique budgétaire va-t-elle mettre en avant ? On voit que la Commission met moins la pression sur les ajustements, mais elle ne peut plus trop attendre. La BCE va devoir avancer, cette fois pour trouver un soutien aux PME, car la baisse des taux de la BCE n’a de sens que si elle permet aux banques de mieux financer les PME de la zone euro, qui font les deux tiers de l’emploi et de la valeur ajoutée. Cette fois il faudra renforcer la reprise par les PME si on veut continuer l’ajustement budgétaire : pas facile.
La septième question concerne la France. Son deuxième trimestre ne doit pas faire illusion : la vraie reprise n’est pas là, puisque l’investissement n’est pas reparti. Et il n’est pas reparti parce que le profit n’est pas suffisant. Les ajustements des politiques publiques sont insuffisants : les économies de dépense publique sont timides, le dossier des retraites pas traité au fond. Bref, la baisse des prélèvements fiscaux n’est pas assurée. Les grandes entreprises du Cac 40 vivent leur vie, mondiale. Les PME vivent la leur, locale.

Jean-Paul Betbèze

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