L’impact économique du coronavirus en 4 graphiques

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L'épidémie de coronavirus, originaire de Chine, a infecté plus de 350 000 personnes. Sa propagation a laissé les entreprises du monde entier compter les coûts. Jean-Paul Betbeze, économiste, vous aide à comprendre l'impact économique du virus jusqu'à présent.

L’impact économique du coronavirus en 4 graphiques

Dernière nouvelle, selon Goldman Sachs, le PIB américain pourrait baisser de 5% au premier trimestre et de 24% au deuxième ! On comprend qu’il est difficile de résister à de telles nouvelles. Les sites spécialisés publient les nombres de malades, de « guéris », hospitalisés et décédés, alimentant les peurs. Voilà 350 000 cas dans le monde, en attendant que ce chiffre soit dépassé, avec 81 000 environ en Chine, 59 000 en Italie, 33 000 en Espagne, comme en Iran (?), 26 000 en Allemagne, 35 000 aux États-Unis et 17 000 en France… C’est donc hors de Chine que le virus se déplace, que les cafés, restaurants et cinémas ferment, comme les frontières et les transports. Hors la nourriture, les services s’effondrent.  Ce qui n’a pas été consommé ne le sera pas, les investissements seront revus à la baisse et pour plus tard. Chacun se met en quarantaine, pour résister, et les entreprises pour mieux endurer le choc que leurs concurrents, avec le secret espoir de racheter celles qui seront debout, pour une bouchée de pain.

Les bourses sont bien sûr les plus atteintes devant un tel choc et pensent au pire, faute de références : les  subprimes (?), ce n’est pas pareil mais pire… ou à 1929 (?), ce n’est pas pareil et nous sommes mieux préparés. Le plongeon est de 30% environ dans les grandes bourses mondiales : les marchés se disent que les grandes entreprises seraient, en moyenne, autant affectées les unes que les autres.

Les banques centrales ont toutes réagi de la même manière, en baissant leurs taux à 0% et plus encore en multipliant les achats de leurs bons du trésor nationaux, voire en étendant la mesure aux pays les plus fragiles en zone euro. En zone euro aussi, les banques sont appelées à soutenir les entreprises, avec un fort allègement de leurs normes de fonds propres. En même temps, les Etats creusent tous leurs déficits budgétaires : le 3% est oublié ! C’est bien pourquoi les Banques Centrales s’activent pour acheter les bons d’état, pour empêcher ainsi une forte hausse de leurs rendements, preuve évidente du risque, qui ferait rechuter les bourses. C’est pourquoi les rendements de fin décembre et du 20 mars cachent les chocs qui ont eu lieu entretemps.

Les rendements américains sont ainsi passés à 0,5% le 10 mars, au pire des inquiétudes. C’était le moment où les États-Unis n’avaient pas encore annoncé l’immensité de leur déficit public. Ils sont toujours les plus sûrs, mais quand même ! Dans ce concours de sérieux, c’est l’Allemagne qui gagne, étant avant la pandémie en excédent budgétaire et la moins endettée de tous. La France garde son rang, mais paye la montée de son déficit et de sa dette. L’Italie est passée au bord du gouffre, avec des taux à 2,5% le17 mars, avant que la BCE ne sorte son « gros bazooka ».

On comprend bien que les compagnies aériennes sont terriblement affectées par les annulations et plus encore les arrêts obligatoires de vols : Air France perd plus de la moitié de sa valeur et l’Etat va augmenter sa participation, KLM bientôt et Alitalia devra être nationalisée. Les cotations des entreprises automobiles chutent aussi, avec l’idée que la demande de renouvellement va s’effondrer, ce qui est catastrophique pour les modèles de l’année. Les ventes à perte vont-elles suffire ? Les chaînes à l’arrêt sont un énorme coût fixe. Et, ici encore, la perte boursière sera de moitié en moyenne, Renault étant particulièrement affectée : l’Etat devra augmenter sa part au capital. Et les compagnies implantées en Chine, Mercedes et PSA, étant aussi sérieusement affectées.

Ajoutons que ces chocs violents ont été accentués par l’effondrement du prix du pétrole, l’Arabie Saoudite étant en pleine guerre avec la Russie, ce qui fait s’effondrer le Rouble. Il fallait 63 Roubles pour acheter un Dollar fin février, maintenant c’est 80. Le déficit budgétaire va exploser : la Russie emprunte à 1 mois à 6% ! Quant à l’or, après être passé à 1650 dollars l’once, depuis 1510 à la fin décembre, il replonge à 1483 le 20 mars, non parce que le risque a disparu, mais parce que ceux qui avaient pris des positions ont dû les dénouer, étant eux aussi sous contrainte de liquidité !

Le gagnant est le dollar. Il fallait 1,1 dollar pour avoir 1 euro début mars, aujourd’hui 1,07 dollar suffit : c’est le taux le plus bas depuis 2017. Les États-Unis ne passeront pas à côté de la pandémie, qui s’installe chez eux, mais ils ont les poches les plus profondes. A chacun son masque.


Atlantico

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