Krach au Coronavirus : pourquoi l’Europe doit jeter absolument TOUTES ses forces économiques dans la bataille (et peut se le permettre)

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L'épidémie de coronavirus provoque un bouleversement économique majeur. Bruno Le Maire a annoncé un plan de relance pour les entreprises françaises. Quelles sont les solutions les plus optimales pour les autorités françaises et européennes face à cette crise spécifique ?

Krach au Coronavirus : pourquoi l’Europe doit jeter absolument TOUTES ses forces économiques dans la bataille (et peut se le permettre)

Atlantico.fr : La crise du coronavirus crée une véritable secousse sur le plan économique. Le ministre français de l’Économie Bruno Lemaire a réagi en annonçant un plan de relance pour les entreprises françaises. Un plan de 27 milliards a déjà été annoncé pour l’Europe. Les Etats-Unis ont eux annoncé un plan d’économie à 700 milliards. Combien la France doit-elle investir pour porter des mesures réellement efficaces? Quels domaines économiques doivent être traités en priorité ?

Jean-Paul Betbeze : D’abord, il ne s’agit pas seulement de milliards d’euros ou de dollars : il s’agit de montrer un mouvement de soutien important (c’est le cas aux États-Unis) et surtout coordonné (ce n’est pas encore le cas en zone euro) pour contrer les effets d’inquiétude, sinon de panique, que fait naître la pandémie. Nous sommes donc dans la psychologie, pour lutter contre les anticipations négatives auto-entretenues. Les milliards aident bien sûr, mais seulement s’ils sont vécus dans un effort massif et concerté.

Ensuite, il faut savoir que cette crise affecte en premier lieu et surtout l’offre, depuis la Chine, interrompant partout les chaînes de production, puis la demande, avec des ménages réduisant leur consommation, notamment dans le tourisme, les voyages, les spectacles, vacances, restaurants, achats en grande surface… Donc c’est à la fois une baisse de l’offre et de la demande, conduisant à des pertes des entreprises, à des chômages partiels, à des licenciements, à une montée du chômage, et à des baisses de prix. La récession est aux portes, en Italie, Allemagne, France, et bientôt en zone euro.

Pour réagir, deux volets sont mis en œuvre:

• d’abord, avant tout et surtout le volet budgétaire, avec automatiquement moins de rentrées fiscales (TVA et impôts en baisse) et, par décision politique, des délais de paiement pour régler les impôts et taxes, des simplifications pour permettre le chômage partiel. Ce sera partout le cas.

• ensuite le volet monétaire avec des taux plus bas et des soutiens aux banques pour qu’elles continuent leurs crédits aux entreprises les plus fragiles.

Mais, encore une fois, pour contrer l’épidémie d’inquiétude, c’est une action massive, budgétaire et monétaire, et plus encore coordonnée, pour marquer les esprits, qui est obligatoire. Il faut amortir le choc, puis aider à remonter la pente.

 

Jusqu’où peut aller ce plan pour soutenir l’économie nationale ?

Jean-Paul Betbeze : Attention à bien savoir qu’un plan français n’a pas de sens s’il est trop seul et si les marchés financiers se mettent à craindre une crise majeure en Italie, par exemple ! Il faut agir en France et en Europe, notamment en zone euro.

En France, on voit que le Ministère des Finances vient d’allonger (le 12 mars) les délais de paiement des impôts et des charges sociales, de décider la possibilité de remises d’impôts pour des raisons spécifiques, de garantir des lignes de trésorerie (par l’intermédiaire de la BPI) et de demander à la Banque de France d’aider aux rééchelonnements de crédits d’entreprises en difficulté.

En même temps, on peut s’attendre à ce que les banques françaises répercutent à leurs clients les décisions prises le 13 mars par la BCE, avec notamment des conditions de financement moins chères, de plus longue durée et sans limite en fonction de leurs demandes à la BCE ! Pas de crise de liquidité donc. En revanche, la BCE n’a pas rendu plus négative la rémunération des dépôts (elle reste à -0.5%) : elle ne souhaite pas faire plus de pression sur les ménages (allemands ?) pour qu’ils investissent ou les banques, pour qu’elles prêtent. Elle doit se dire qu’elles sont suffisamment sous pression et qu’il vaut mieux les alimenter en argent moins cher pour qu’elles le prêtent moins cher, elles aussi.

Politique budgétaire, dans son volet financier, et politique monétaire, depuis Francfort, sont donc mobilisés : ils sont les plus visibles et aptes d’avoir des effets directs. Bien sûr rien ne sera immédiat et il ne sert à rien de noter que les bourses baissent encore, surtout qu’elles vont se dire que les munitions sont bien plus importantes aux États-Unis !

 

Cette crise sanitaire empêche toute consommation, une grande partie de la population devant rester confinée chez elle. Comment répondre à une crise aussi spécifique ?

Jean-Paul Betbeze : Le vrai risque est celui du maillon faible. Bien sûr, des sociétés ne pourront pas résister, des restaurants et agences de voyage vont fermer : tout ce qui est petit et exposé à la contraction de la demande est très risqué. Mais il y a plus à craindre de faillites de compagnies aéronautiques, de constructeurs d’avions, d’automobiles… La récession durable n’est donc pas finie.

Mais le « pire maillon faible » est toujours celui de la faillite d’États. Déjà, et pour d’autres raisons, nous avons vu les faillites du Venezuela, de l’Argentine, et du Liban il y a quelques jours. Les acheteurs de bons du trésor vont devenir de plus en plus inquiets, chercher les lieux les plus sûrs. Les rendements vont alors y baisser : 0,7% aux États-Unis désormais, -0,7% en Allemagne et -0,4% en France. Mais ce qui se passe avec l’Italie est l’opposé : les rendements à 10 ans y sautent à 1,75% contre 0,9% en février. La prochaine peur des marchés financiers pourrait être la dette italienne, 140% du PIB du pays, un pays en récession. Et de nombreuses questions ont été posées à ce sujet à Christine Lagarde le 12 mars : la BCE est-elle « au plein de ses achats de bons du trésor italien », au moment même où elle annonce 120 milliards  d’euros d’achats de bons du trésor supplémentaires ? Lesquels ? Elle a bien entendu répondu que la BCE userait de tous ses outils et que « si » elle détenait plus de ces bons en portefeuille que la part du Trésor italien dans son capital, alors elle régulariserait la situation à bonne date. Mais il fallait l’ouïe fine pour entendre et décoder la réponse !

Attention, le virus a muté : il s’attaque à tous les corps financièrement faibles et mal coordonnés pour réagir !

 


Atlantico

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