Etats-Unis : pour les marchés financiers, Donald Trump n’est pas « impeachable »

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Alors que les hommes et femmes politiques américains et les médias internationaux ont les yeux rivés sur "l'affaire ukrainienne", les marchés eux, regardent ailleurs.

Etats-Unis : pour les marchés financiers, Donald Trump n’est pas « impeachable »

Les politiciens et les médias s’agitent sur « l’affaire ukrainienne », et la bourse regarde ailleurs. Elle regarde vers la Chine qui ralentit et fait tout pour soutenir ses entreprises et ses banques (alors elle baisse), mais surtout qui signerait un accord commercial partiel, mais célébré en grande pompe par Donald Trump (alors elle monte). Elle ne regarde plus la Fed qui a, sans influence aucune de Donald Trump bien sûr, baissé trois fois ses taux courts à 1,75% et voit remonter l’inflation à 1,8%, avec les taux longs vers 1,6% contre 1,5 en septembre. Bientôt, elle se demandera si Jerome Powell n’a pas trop baissé ses taux, mais nous n’y sommes pas encore. Pour la bourse, la Chine est partout, l’Ukraine nulle part. Ajoutons que les programmes fiscaux d’Elisabeth Warren et de Bernie Sanders ont tout pour l’affoler ! Michael Bloomberg est trop riche pour apaiser le camp « socialiste », le nouvel inscrit Patrick Duval méconnu et Joe Biden veut, quand même, plus de taxes !

Quid pro quo : c’est la manière dont, aux États-Unis, décrivent en leur latin l’échange proposé par Donald Trump au Président Volodymyr Selensky, d’Ukraine. Quid pro quo, une chose pour une autre, 350 millions d’aides US pour que l’Ukraine achète (aux États-Unis bien sûr) de quoi se protéger des Russes contre une investigation poussée contre le fils de Joe Biden, Hunter. Ce dernier, alors que son père était Vice-Président des États-Unis a perçu 50 000 dollars pendant quelques mois au board d’un groupe gazier (Burisma). Aide publique militaire américaine contre aide ukrainienne pour jeter la suspicion (ou pire) sur le fils Biden, principal adversaire de Donald Trump aux présidentielles de novembre 2020 : nous y voilà.

Le crime est constitué, selon certains Démocrates, ce qui pousse Nancy Pelosy, speaker (présidente) de la Chambre des représentants à lancer l’opération d’impeachment. Selon la Constitution américaine en effet, la procédure ne peut commencer qu’après que la Chambre des représentants l’a approuvée, à la majorité simple. Nancy Pelosi a longtemps freiné divers tentatives en ce sens, sous divers prétexte, pensant que ce ne serait que détourner l’attention des électeurs des autres questions qui se posent, selon elle : frais de santé, prêts des étudiants, formation. Elle ne parle pas d’infrastructures ou de réduction du déficit budgétaire, qui ne sont pas, comme on le sait, des sujets « Démocrates ». Mais là, avec Biden impliqué, elle n’a pas le choix et lance la procédure.

La machine politico-médiatique se met alors en branle. Les ambassadeurs sont interrogés, enfin ceux qui peuvent et veulent venir, la Maison Blanche empêchant les autres dépositions. Aucun témoin direct, les fonds ont été débloqués et il était paraît-il impossible au Président de les bloquer : il reste donc bien peu. Sans doute des pressions avec visée de politique interne ont eu lieu, mais sans chantage avéré en politique interne : sera-ce assez ? On ne sait jamais ce qui peut se passer dans ces romans à épisodes, mais il semble bien que la Chambre des représentants votera la demande d’impeachment, pour instruction et vote au Congrès, où deux tiers des votes seront nécessaires ! C’est là que tout se bloquera : sur les 100 sénateurs, 53 sont Républicains, 2  Indépendants et 45 Démocrates. Il manquera, en supposant des votes « mécaniques », 13 voix. En l’état actuel du dossier, même si on suppose que certains Républicains pourraient voter l’empeachment, leur nombre sera réduit – car leur carrière cesserait. Ajoutons que se battre pour défendre Joe Biden, qui est affaibli par ces attaques et qui stagne (au mieux) dans les sondages, est plus un sujet qui occupe et fatigue politiques et médias qu’il ne préoccupe aujourd’hui les électeurs, qui peuvent être politiquement mécontents, mais pas économiquement, car l’économie va bien (du moins à court terme).

Bref, les marchés ne s’inquiètent pas. Ils ont vu, pendant deux ans, l’enquête Mueller sur l’ingérence russe, avérée mais sans conséquence politique palpable. Et ils ont monté. Aujourd’hui, ils se disent que le Président n’est pas impeachable au Congrès, faute de voix – sauf coup de théâtre ou erreur majeure de Donald Trump. Il assiste en effet (très nerveux) aux dépositions et y réagit par tweets vengeurs (cas vendredi dernier, lors de l’audition de l’ancienne ambassadrice américaine en Ukraine : Marie Yovanovitch). C’est donc plutôt un combat Démocrate perdu qui s’annonce. Mais les marchés voient (et la Chine aussi) que le Président est affaibli et qu’il doit se refaire. En même temps, la ratification de l’accord commercial avec le Canada et le Mexique est en bonne voie : victoire trumpienne. Donc un accord avec la Chine sera signé, très en retrait de ce qui était possible il y a six mois : autre « victoire trumpienne » ! Et les marchés aiment beaucoup tout ce qui permettra de ralentir le ralentissement : ils montent d’autant plus que l’économie décélère moins ! Le Dow Jones va vers 28 000, jamais aussi haut, en attendant 30 000 : patientons !


Atlantico

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