Etats-Unis : amélioration économique suite, revirements politiques surtout

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Un regard sur la conjoncture par Jean-Paul Betbeze, Economic Advisor pour Deloitte.

310 000 nouveaux emplois en février, 242 000 en moyenne sur les trois derniers mois, un taux de chômage à 4,1% : de bonnes nouvelles encore. Mieux, un taux d’emploi qui remonte de 0,3 point, à 63% et surtout un salaire horaire qui augmente seulement de 0,1% en février, soit de 2,6% sur un an. C’est à peine un peu plus que les 2,5% de 2017. Plus d’emploi, sans hausse de salaires : les marchés saluent la performance, par la remontée de la bourse (Dow Jones à 25 000) et par des taux longs un peu en hausse (à 2,89%). Ils se disent que les taux courts monteront certes, mais trois fois seulement cette année, puisque les salaires sont toujours calmes. C’est en effet leur préoccupation majeure : trois hausses des fed funds, « cela va » pour les marchés en 2018, quatre « c’est un mauvais signe d’accélération de l’inflation ». C’est bien pourquoi les hausses récentes de l’inflation sous-jacente (2,9% en rythme annualisé sur les trois derniers mois) doivent être regardées de près, d’autant que le budget devra trouver de plus en plus de ressources, au moment où la Fed va commencer à vendre ses bons du trésor. Une hausse conjointe des taux courts et longs est donc possible, heurtant la politique de croissance poursuivie par Donald Trump, d’autant que les effets des mesures protectionnistes annoncées ne sont jamais clairs, et moins encore aujourd’hui ! N’empêche : les marchés financiers ne voient que les bonnes nouvelles.

L’économie continue d’être en expansion selon l’indice Markit, mais avec des tensions croissantes sur les prix dans le secteur manufacturier. C’est là que se porteront les regards. En effet, les effets sur les coûts des inputs liés aux hausses des taxes douanières peuvent inquiéter. Mais l’effet devrait être très modéré, hors les industries des métaux, sachant que les entreprises pourraient absorber ces coûts par des baisses de marges et des gains de productivité.

Après le départ de Gary Cohn, voici venir une rencontre avec Kim Jong-un. Il se passe toujours quelque chose à la Maison Blanche. D’abord, c’est le conseiller économique de la Maison blanche qui jette l’éponge. Gary Cohn, « the globalist » s’en va, après avoir présenté et soutenu la réforme fiscale adoptée en décembre, sa véritable mission. Il s’opposait en effet aux partisans du protectionnisme au sein du gouvernement. La bourse a marqué son inquiétude, par une baisse très temporaire. Donald Trump, de son côté, modulant son projet de hausse des tarifs douaniers sur le Mexique et le Canada, en fonction des négociations en cours, et Theresa May cherchant un traitement de faveur (au risque de tensions au sein de l’Union Européenne) ont semé le trouble sur la rigueur et l’automaticité des mesures.

La question des rapports avec la Corée du Nord est au-devant de la scène, outre l’effet de surprise des échanges récents entre les deux leaders et leur possible rencontre. On peut se demander quelles en sont les raisons, les enjeux, et les effets possibles. Si le leader Nord-coréen entend obtenir la dénucléarisation de la péninsule, on peut en effet penser qu’il est « sensible » aux pressions chinoises, ce qui pourra inquiéter aussi la Corée du sud et surtout le Japon. Mais, pour le moment, les marchés financiers se demandent si de nouveaux dividendes de la paix ne pourraient pas nous (leur) arriver.

 

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