2019 : et si Trump était le grand gagnant des guerres économiques ?

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A l'occasion de la fin d'année, Atlantico a demandé à ses contributeurs les plus fidèles de dresser un bilan de l'année. Jean-Paul Betbeze se demande aujourd'hui si Donald Trump peut-être le grand gagnant des guerres économiques ?

2019 : et si Trump était le grand gagnant des guerres économiques ?

© Reuters

 

Par rapport à ce que j’écrivais début janvier, l’ambiance géopolitique a assez bien correspondu aux prévisions. « 2019 : c’est le choix de l’embarras. A priori, l’avenir est gris foncé partout, avec du jaune venant de France. Nous assistons au combat entre États-Unis et Chine, pour faire baisser les taxes à l’importation en Chine et y surveiller les droits américains de propriété, faire circuler les bateaux US en mer de Chine, mais bloquer les « routes de la soie » chinoises en Afrique. Derrière ces poids lourds, il y a les tensions autour de la Russie, de l’Iran, d’Israël, de l’Arabie saoudite, de la Turquie… Partout les ramifications des chocs se font ressentir, ravivant d’antiques blessures. Le Brexit fait renaître des inquiétudes en Irlande, des demandes d’autonomie en Ecosse et des revendications espagnoles sur Gibraltar. Aujourd’hui, difficile de trouver un pays ou une région paisible ! » (site personnel, 30 décembre 2018).

En matière financière, ce fut un jugement pas trop faux pour la zone euro, mais quand même un peu trop optimiste : « La prochaine hausse des taux de la BCE serait pour fin 2020 ! » Et pas si faux, au fond, sur la Fed « Qu’attendent donc les marchés ? Que Powell s’énerve contre Trump ? Dise qu’il est désemparé ? Que l’inflation arrive ? Ou bien que Trump rate – on le dirait avec les baisses en cours, ou réussisse – pour rebondir ? Powell-Trump : le match 2019 ». (Boursorama 8 janvier).

En fait, nous avons surtout sous-estimé le Président américain et la qualité de sa vision sur l’économie américaine. Il a bien vu le risque de ralentissement, pour lui et sa réélection certes, mais il a surtout vu comment le contrer. Il a ainsi suffisamment terrorisé Jerome Powell, le patron de la Banque centrale américaine, non seulement pour qu’il ne monte plus ses taux, comme il l’avait pourtant annoncé, mais les baisse (et trois fois) et reprenne en plus ses achats de bons du trésor ! Un revirement sans exemple ! En même temps, ressentant que son bras de fer avec la Chine était plus long, compliqué et finalement moins gagnant qu’il ne l’avait pensé, il fait machine arrière. Il signe avec la Chine un « petit protocole d’accord destiné à calmer le jeu » et réduit l’escalade avec l’Iran et la Turquie. Après des échanges et des menaces violents avec ces pays, la reprise américaine en est ainsi prolongée et renforcée. Elle a toujours moins de chômeurs et toujours plus de personnes en emploi, une vraie garantie pour résister au ralentissement qui ne manquera pas de venir.

Nous avons sous-estimé aussi (comme les marchés) la ténacité et le sens tactique de Boris Johnson. Il avait bien vu que les Britanniques étaient lassés de ce long divorce du Brexit, ne voulaient pas de la stratégie de Jeremy Corbin (et moins encore de lui) et ne voulaient surtout pas d’un second référendum. Si le peuple est souverain, un vote suffit. Nous verrons plus tard ce que les Russes, ou autres, ont fait pour l’aider.

Quant à l’économie française, elle continue sa croissance, un peu plus que les voisins. Mais ce n’est évidemment pas parce qu’elle serait insensible aux grèves et autres « gilets jaunes », comme on peut le lire parfois (!), mais parce qu’elle s’endette plus que jamais, grandes et petites entreprises, ménages et État (qui vient de souffler la bougie où son endettement public égale son PIB). Le point bas des taux longs est derrière nous : nous regretterons bientôt de ne pas avoir réformé plus et surtout mieux, quand nous découvrirons le vrai prix de la réforme 2019-2020 des retraites.

Les bourses, elles, ont vu l’effet Trump et le Dow Jones mène la danse. Toutes, Chine incluse, ont fini par comprendre qu’il fallait jouer la réélection de Donald Trump. Le pire a été constamment évité en 2019, à la fois provoqué et esquivé par lui, comme le montre cet instant où il décide de ne pas frapper l’Iran, quelques minutes avant d’appuyer sur le bouton !

2019 a donc été « l’année Trump », conduite par cet étrange pilote, mais pas l’année France ! Nous n’avons pas su expliquer et convaincre de la nécessité des réformes, voulant en faire trop, trop vite et à la fois, avec les retraites, n’y allant pas assez dans le détail, mais trop avec le Glyphosate ! Nous avons constamment sous-estimé le fait que si réformer se veut plus équitable, c’est donc qu’il s’opère au détriment de ceux qui profitent de la situation moins équitable ! Au fond, Trump a gagné parce qu’il est le moins naïf de tous !


Atlantico

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