1,3% de croissance en France : pourquoi pas plus ? Quatre (piètres) raisons et une obligation

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Comme prévu par l'Insee, la croissance française s'est établie à 1,3% cette année.

1,3% de croissance en France : pourquoi pas plus ? Quatre (piètres) raisons et une obligation

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D’abord, parce que la France, ce n’est pas les Etats-Unis ! Nous le savons, ce qui ne nous dispense pas de voir pourquoi elle croît ainsi : elle pousse ses moteurs au maximum, en profitant (en plus) de l’étrange situation de l’économie mondiale : l’absence d’inflation. D’un côté, les États-Unis sont une économie fermée, on ne le dit pas assez, tributaire à plus de 80% des ménages. Pour la faire avancer, rien de tel que l’emploi, qui mobilise aujourd’hui de plus en plus de personnes. Ceci fait reculer le chômage, mais sans faire monter ni les salaires (44% des salariés ont des salaires moyens ou faibles), ni l’inflation : magie ! D’un autre côté, pour prolonger la plus longue reprise de son histoire, l’économie américaine ajoute les taux bas et un déficit budgétaire énorme (1000 milliards de dollars). Déficit qui ne fait pas remonter les taux longs, grâce à une banque centrale qui non seulement baisse ses taux courts, terrorisée par Donald Trump, mais qui se remet à acheter pour 20 milliards de bons du trésor par mois : magie ! Oui, la France n’est pas les États-Unis et l’euro pas le dollar, mais on voit ce que donne une économie qui met la croissance en tête en combinant innovation, emploi flexible, taux bas et baisses d’impôts

Ensuite parce que nous n’arrivons pas à convaincre l’Allemagne de mener de grands travaux, alors qu’elle a bien profité de l’euro. Elle a bien joué : ses entreprises industrielles ont bénéficié d’une rentabilité forte grâce à une main-d’œuvre locale experte et une sous-traitance moins chère (Pologne, Roumanie, Hongrie), avec des marchés en zone euro, aux États-Unis et en Chine. Et comme la zone euro est faiblement exportatrice à l’export, les excédents allemands étant compensés notamment par les déficits français, l’euro ne monte pas. Sans cela, il serait élevé de plus de 10% pour la seule Allemagne, ce qui handicaperait ses ventes de Mercedes ! Oui, la France n’est pas l’Allemagne, mais elle peut interroger aujourd’hui ce pays en quasi-récession sur sa démarche, avec ses exportations automobiles en chute vers les États-Unis ou la Chine et sa consommation molle. Allemagne, et aussi Pays-Bas, ont des marges budgétaires qu’ils ne veulent pas utiliser, ce qui pèse sur les pays qui n’en ont pas et sont endettés (Italie et France), au risque de faire plonger le tout. On voit ce qui se passe quand certains ne jouent pas le jeu et qu’on ne peut les convaincre ou les pousser.

En troisième lieu, parce que nous n’arrivons pas à convaincre (non plus) les membres la zone euro de lancer ensemble de grands programmes d’investissements pour un Internet européen, des satellites européens ou encore des systèmes de protection européens contre les cyberguerres (liste non limitative). Nous n’osons pas proclamer que l’Union européenne ne peut exister que comme une puissance complète, y compris militaire, au moment où les Etats-Unis se désengagent de leur soutien mondial aux libertés, donc à notre protection, et se préparent à sortir leurs armes nucléaires de Turquie, pour les mettre où ? En Pologne, pour tendre nos rapports avec la Russie ? Comment accepter que les pays de l’union investissent si peu pour leur défense (notamment l’Allemagne), que l’Autriche reste neutre, que les industries d’armements ne soient pas plus intégrées… et autant dépendantes des Etats-Unis ? Parce que nous n’osons pas dire plus fort que la puissance de l’union passe aussi par des champions mondiaux, pas par des entreprises qui pourraient fausser la concurrence dans le « Marché unique », désormais petit. Après Legrand, Alstom, va-t-on perdre en refusant le mariage Fiat-Psa ? On voit ce qui se passe quand les membres d’un club qui partagent une monnaie ne mesurent pas ce que ceci implique : polarisation des richesses, donc politique industrielle commune et transferts pour gérer les transitions.

En quatrième et dernier lieu, parce qu’ici nos politiques n’ont pas pris conscience des effets de l’intelligence économique positifs sur la compétitivité et l’emploi à moyen terme, donc sur l’obligation de formation, et ne craignent que ses effets négatifs à court terme – effets qu’ils croient réduire par des subventions. Parce que nos politiques ont bien vu que les taux des emprunts d’Etat sont devenus négatifs, mais en ont profité pour ralentir les réformes au lieu de les accélérer et d’investir dans les nouveaux secteurs stratégiques et la formation. Parce que nous ne savons pas traiter, dans la zone euro, avec la Chine dans son grand projet de « routes de la soie » qui, elle, sait si bien traiter avec chacun d’entre nous (Grèce, Portugal, Italie). Et nous n’osons pas signer, alors, signer un vrai accord stratégique, seuls, avec elle. Avoir peur, se féliciter des milliards d’euros de contrats et s’inquiéter de Hong-Kong ne suffisent pas.

Parce que nous n’osons pas parler d’une France forte, avec des alliances en zone euro et ailleurs (Russie, Chine, Afrique), avec une politique de montée en gamme partout, par la formation, pour réduire nos déficits extérieur et budgétaire. Cette montée en gamme n’est pas une copie de la démarche allemande dans l’industrie, mais une montée en gamme dans les services : informatique partout, formation, soins à la personne, santé, conseil, banque, assurance, finance, communication, notamment pour valoriser l’image de marque France dans le luxe et le tourisme… Nous nous noyons dans le secondaire, voire moins, dans le glyphosate qui pollue, les poussins qui souffrent, les plantes à protéger, les loups à combiner aux agneaux pour cause de diversité… A force de vouloir protéger chacun et chacun d’avoir « sa cause » à défendre, on oublie de s’occuper de tous.

Donc, et c’est là notre obligation, la croissance française à 1,3%, ce n’est pas mal si et seulement si c’est notre point de départ pour monter en gamme dans les services et développer un emploi de qualité. Mais ce sera un maximum si nous n’expliquons pas, ici, comment avancer plus, en modernisant les administrations, en mettant à flot les retraites (et donc celles de la SNCF).  C’est ensuite, en développant une stratégie pour obtenir une croissance plus forte en France, que l’on peut peser plus par rapport à l’Allemagne et à la zone euro. Mais il faut expliquer et convaincre, ici, ceux qui croient défendre leurs « avantages acquis » en taxant les riches que ceci ne marche pas, au contraire. A force de ne pas comprendre le monde qui change, avec sa révolution technologique, ses nouveaux champions, entreprises et pays, nous sommes en danger. Si 1,3% de croissance est notre maximum, nous voilà condamnés, la zone euro avec. Si nous pensons à 1,8% et plus, avec nos atouts, nous pouvons remonter la pente. Mais il nous faut une pensée stratégique : expliquer, convaincre et oser ! Les retraites seront un test.


Atlantico

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