Trumpisation des politiques et angoisses des marchés financiers : rien de mieux que la France ?

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Et pourquoi pas ? Sur un an, la bourse de Paris (Cac 40) a gagné 17,5%, l’allemande 16,3% (Dax) et l’américaine (Dow Jones) 16,5%.

Trumpisation des politiques et angoisses des marchés financiers : rien de mieux que la France ?

© ERIC PIERMONT / AFP

 

Aujourd’hui, acheter un bon du trésor français « rapporte » -0,3%, allemand : -0,6% et américain 1,5%, mais comme l’inflation est ici de 1,1%, le bon du trésor français coûte 1,4% en rendement perdu sur un an, mieux que l’allemand : -2 % (avec une inflation à 1,4%) mais moins que l’américain : -0,3% (avec une inflation à 1,8%). Au fond, en termes de couple rendement risque, en tenant compte des foucades de Donald Trump, il n’y a pas beaucoup mieux qu’investir ici ou que prêter au gouvernement !

Qui l’eût dit ! Dans quel monde vivons-nous donc ! Trump, Johnson, Salvini, Bolsonaro, Orban… : quelle nouvelle vague ! Donald Trump est à l’origine de cette nouvelle espèce d’hommes politiques (pas de femmes), et les marchés financiers y sont perdus… au point qu’ils le sont moins ici. Ces hommes sont violents et pressés dans leur façon de changer radicalement les choix de leurs pays, irrespectueux  de leurs opposants, de leurs amis jugés trop tièdes, et de leurs langues respectives. En face, les marchés financiers ont d’abord tenté de comprendre, avant d’essayer d’en profiter, et la bourse monte, ou bien de prendre peur, et les taux longs baissent. D’habitude, c’est l’un ou l’autre, confiance ou peur, aujourd’hui nous avons les deux : soleil et averse ! Et en France, un peu de soleil avec bruine ! Pourquoi et jusqu’à quand, ce microclimat ?

Bien sûr, Donald Trump est le leader de ce nouveau groupe. Il veut remonter le temps (Make America Great Again), ce qui ne peut se faire, selon lui, que contre ceux qui ont « pris » une part de sa place antérieure. Donc : Make America Great… Against ceux-là ! Et s’ils l’ont « prise », c’est qu’ils l’ont volée dans des échanges commerciaux déséquilibrés (tous), des plans et brevets dérobés (chinois), des produits frelatés (autos allemandes), une main-d’œuvre sous-payée (chinoise, mexicaine ou roumaine), des monnaies manipulées contre le dollar (yuan et euro), et en plus, en Chine, avec des systèmes productifs largement publics et une justice aux ordres. Donc il faut demander à tous d’acheter plus de produits américains, en taxant les importations chinoises, demander aux entreprises américaines de produire plus aux États-Unis et à ceux qui veulent y exporter de s’y installer plutôt, faire en sorte que les entreprises et les ménages américains payent moins d’impôts et demander enfin à la Fed des taux plus bas, pour que le dollar baisse. Donc la bourse monte et le Dow Jones passe à  26800. Mais les consommateurs américains consomment plus de produits étrangers ! Et le déficit budgétaire se creuse, alors que les investisseurs étrangers n’achètent plus de bons du trésor (les Russes ont tout vendu, les Chinois boudent), et qu’heureusement les investisseurs domestiques sont plus inquiets ! Donc les taux longs baissent à 1,5% ! La bourse monte et les taux baissent dans le premier marché du monde !

La zone euro copie cette perplexité : le Cac 40 tutoie 5 600 et le dix ans France va à – 0,3%. Les investisseurs aiment bien sa croissance, pourtant modeste à 1,3%, et payent pour financer le déficit budgétaire, pourtant en hausse. L’Italie de Salvini fait dans l’exotique : elle a une bourse qui grimpe vers 22 000 (contre 18 000 fin 2019) et des taux à 10 ans qui chutent à 0,9% (contre 3,5% fin 2018). Les marchés pensent-ils que l’épisode Salvini est clos, côté bourse, avec le futur gouvernement, ou bien craignent-ils son retour, côté obligations publiques ?

Le cas Johnson du Brexit britannique est le plus beau de tous. Le Premier ministre enregistre une série de revers à la Chambre des Communes dans sa tentative d’obtenir des concessions de la part de l’Union européenne sur la frontière avec l’Irlande, mais ce n’est pas fini. Il veut que le filet de sécurité (backstop) avec l’Irlande soit levé, ce qui lui permettra de signer des accords commerciaux hors Union européenne (avec les États-Unis ?). Ce qu’il ne dit pas trop, car c’est sa solution au Brexit : commercer plus avec tous hors EU et inonder le Marché unique – qui y résisterait mal. Et la bourse remonte alors s’il perd, parce qu’elle avait craint le pire avec lui, mais les taux restent quand même au plus bas, à 0,5%, parce qu’on ne sait jamais avec lui !

Etrange météo de la finance, aux prises avec les nouveaux leaders de ce monde. Trump angoisse avec ces éclairs tweetés et ses insultes à Jerome Powell, mais ceci devient un « nouveau normal ». Dans cette reprise américaine qui vieillit et fléchit, peut-être va-t-il devenir plus prudent. « Plus prudent », et la bourse monte, « peut-être » et les taux fléchissent. Aujourd’hui, les perturbations sont sur Londres, étant passées sur Rome, ne sachant trop ce qui se prépare à Berlin, qui se met à inquiéter. Ici en France, dans ce microclimat où tout va moins mal, le Cac 40 amuse, et cotiser un peu au déficit public ne hérisse pas trop. Une température sucrée-salée, dont il serait bien de profiter pour faire des réformes, avant que le temps ne se couvre !

 


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