Mario Draghi en zone euro, Jerome Powell aux États-Unis et Mark Carney au Royaume-Uni : nos trois "grands argentiers" sont-ils perdus, ou en partance ?

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Ces derniers jours, les trois "grands argentiers" de la finance mondiale "libre" : Mario Draghi pour la Banque centrale européenne (la BCE), Jerome Powell pour l’américaine (la Fed) et Mark Carney pour celle du Royaume-Uni (BoE) ont envoyé trois messages bien différents sur le futur immédiat. Comment comprendre ? Comment s’y retrouver ?

Mario Draghi en zone euro, Jerome Powell aux États-Unis et Mark Carney au Royaume-Uni : nos trois

© Andrew CABALLERO-REYNOLDS / AFP

 

Le 25 juillet, Mario Draghi annonce de fortes baisses de taux, «  selon des modalités à voir en septembre». Il s’agit de faire repartir la croissance et l’inflation en zone euro et, au moins autant, de pousser ses « collègues », qui vont parler dans les jours qui suivent, à montrer leur jeu. Le 31 juillet Powell, bien embêté, annonce alors une petite baisse de taux (0,25%), sans s’engager plus. Et le 1er août, la banque d’Angleterre annonce elle une hausse des taux dans les mois qui viennent, dans le cas d’un « Brexit doux », pour cause de remontée d’inflation (vers 2,5%), même si la croissance ralentissait à 1,75%! Mais son Gouverneur ajoute le 2 août à la BBC que « sans accord, le choc pour l’économie est instantané ». « Des entreprises ne seront plus en capacité de fonctionner (non economic)»« Potentiellement un nombre important » selon lui, car l’incertitude dans laquelle se trouvent les sociétés fait qu’elles n’investissement pas, alors qu’elles sont rentables et pourraient s’endetter, donc elles se fragilisent. Mais, c’est le contraire de sa prévision !

Malin. Mario Draghi joue ses derniers mois de présidence sur du velours. Contre lui, en zone euro, les mêmes, mais plus calmes et très minoritaires. Ce sont surtout les épargnants allemands en bons du trésor, qui perdent de l’argent. Résignées à serrer les dépenses et à réduire les coûts, on trouve les banques qui se disent peut-être qu’elles ont ainsi une bonne excuse pour se moderniser et se restructurer. Heureux, sont les ménages qui peuvent s’endetter pour moins cher, même si le prix du mètre carré en profite pour monter. Soulagées, les entreprises en difficulté chronique qui s’endettent plus et pour rien : on verra plus tard pour rembourser ! Contentes, les entreprises qui rachètent leurs titres, ce qui leur permet de distribuer plus par action. Épanouis enfin, les États dont la dette n’a jamais été aussi peu chère, ce qui légitime le fait qu’ils font moins d’effort pour réduire leurs déficits budgétaires. Et demain il y  aura encore des baisses, avec Mario Draghi et son successeur Christine Lagarde !

Pathétique. C’est Jerome Powell dans sa conférence de presse du 31 juillet : un tissu de contradictions sur fond de flou analytique. On comprend que les marchés n’ont pas aimé, étant perdus, et que Donald Trump a détesté, lui qui aurait préféré une plus virile démarche, qui aurait épousé ses vues. Bref un four bousier : le Dow Jones perd 1% en quelques heures (et les taux longs baissent, et le dollar monte !). Jerome Powell commence par expliquer que tout va assez bien dans son pays, mais qu’il doit quand même baisser les taux, mais un peu, pour « soutenir l’expansion ». C’est vrai que tout va « assez bien » dans l’économie américaine : croissance satisfaisante, plein emploi, salaires qui montent doucement, pas de vraie inquiétude sur une bulle boursière ou des excès d’endettement. La preuve : deux jours après, le vendredi 2 août, les États-Unis annoncent qu’ils ont créé 164 000 emplois en juillet après 193 000 en juin (chiffre revu en hausse) ! Donc, ce qui inquiète Jerome Powell est ailleurs, dans le monde, chez « les autres », avec les tensions sur le commerce international, notamment entre Chine et États-Unis. Mais attention : il ne juge pas la source des problèmes ! Il prend seulement en compte leurs effets négatifs sur la croissance et la confiance, et se doit de réagir. Le courage analytique a ses limites.

Mais baisser un peu les taux américains aujourd’hui, ne veut rien dire pour demain : arrêt, baisses nouvelles ou hausse ! Jerome PoweIl assure qu’il se doit de réagir ainsi, par cette baisse de 0,25%, entre 2 et 2,25%. La raison de cette « baisse de mi-cycle », (mi-cycle pour une expansion qui dure depuis dix ans, la plus longue de l’histoire américaine !), c’est « soutenir l’expansion par le canal de la confiance » ! Il ne s’agit pas d’entrer dans une logique « mécanique » de baisse des taux et moins encore d’annoncer une série de baisses. Il s’agit de montrer que la Fed est là, pour soutenir le moral des entrepreneurs, qui faiblirait un peu, quitte éventuellement à remonter les taux plus tard, quand l’économie sera plus forte ! Une assurance. Inouï !

I would love to be more precise, confie-t-il à la conférence de presse.  Et il inquiète ! La bourse voulait soit aucune baisse de taux : « l’économie est forte et je suis indépendant » (quitte à être viré le lendemain), soit une série de baisses pour garantir la prolongation de l’expansion dans cette new era (à définir). Et, bien sûr, cette décision de la Fed n’a rien à voir avec une quelconque influence politique ! La preuve : Trump tweete « les marchés… voulaient le début d’un long cycle de fortes baisses… pour faire comme la Chine et la zone euro… Powell nous laisse tomber » ! Et on comprend la rage de Donald Trump qui promet plus de taxes sur tous les produits importés de Chine : des baisses de taux auraient amorti le choc. Encore quelques mois, si l’inflation monte, avec les salaires et les droits de douane, tandis que commence à fléchir la croissance américaine, parce que le dollar est monté, que fera donc Powell ? Baisser les taux ? Oui bien sûr, son successeur !

Menteur, ce Mark Carney qui annonce qu’il montera ses taux en cas de Brexit smooth ? Mais non, car celui qui les baissera, parce que le Brexit ne sera pas smooth, ce sera son successeur !

Mario, Jerome, Mark : Ciao !


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