Jerome Powell à Jackson Hole : la baisse des taux américains attendra, et il risque son poste !

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​Pas de baisse des taux d’intérêt à attendre le 18 septembre. C’est sans doute le message indirect, très indirect même, qu’a donné Jerome Powell le vendredi 23 août 16 heures (heure de Paris), quand il a ouvert le Symposium de Jackson Hole.

Jerome Powell à Jackson Hole : la baisse des taux américains attendra, et il risque son poste !

Jerôme Powell, Président de la Banque fédérale américaine, est celui que tout le monde attendait, à l’occasion de cette rencontre. Et Jackson Hole est cette petite ville de 10 000 habitants, paradis de randonneurs et de pêcheurs, qui devient chaque fin août l’épicentre de la finance mondiale, autrement dit le laboratoire d’idées de la Fed. Ainsi, du 22 au 24 août, il n’y a été question que de taux d’intérêt et de change, de croissance, d’inflation et de chômage, pour prolonger l’étrange situation de l’économie américaine, au milieu des turbulences actuelles.

Pas de baisse de taux, alors que Donald Trump, juste avant, vient de demander une baisse des taux courts de 100 points de base (ils sont entre 2 et 2,25%) pour soutenir la croissance américaine, sachant que le taux de chômage est à 3,7%, un minimum historique ! En fait, la vraie question est de savoir s’il s’agit de soutenir encore cette croissance qui vient de battre son record de longévité (11 ans), ou bien de la soutenir parce qu’elle est en butte aux tensions générées par Donald Trump lui-même, avec la Chine.

D’abord, l’économie américaine va étrangement bien. Elle entre dans une « troisième ère » selon Jerome Powell, à la recherche d’un « new normal». L’ère I, de 1950 à 1982, était celle de la lutte contre la Grande inflation par les hausses de taux d’intérêt. Succès : donc la leçon retenue par Jerome Powell (pour la suite ?), est d’ancrer les anticipations d’inflation à « un bas niveau ». Some low level dit-il, mais lequel ? Suit l’ère II, de 1983 à 2009, depuis la Grande Modération jusqu’à la Grande récession. La Fed a alors baissé ses taux pour soutenir l’activité. Succès : mais il fait naître en même temps une bulle qui explose. Alors, quand faut-il monter les taux : avant la bulle, et raboter alors l’expansion en cours, ou après son explosion, au risque d’une plus forte récession ? La leçon est donc, pour Jerome Powell, de savoir si les longues expansions conduisent inévitablement à des excès financiers.

C’est alors que Jerome Powell parle d’aujourd’hui. Nous vivons l’après 2010 et « l’émergence d’un nouveau normal », mais lequel ? Après l’éclatement de la bulle et la Grande récession, la banque centrale américaine est intervenue massivement pour baisser les taux courts (à zéro) puis longs (« quantitative easing », en achetant des bons du trésor). Succès : le pire (« un nouveau 29 ») est évité et l’économie américaine se remet peu à peu, vers le plein emploi et sans beaucoup d’inflation. Mais c’est là l’inexplicable. La croissance et le plein emploi sont là, pas l’inflation. Et Jerome Powell de se demander, ce 23 août, comment maintenir ce plein emploi et traiter cette inflation trop basse avec des taux d’intérêt si bas, sans risque financier.

S’il baisse les taux, il peut relancer l’inflation voire des risques sur la stabilité financière, et alors il aura des taux trop bas pour éteindre l’incendie ! Et s’il les monte, il prend des risques sur l’emploi, alors que l’inflation ne menace pas ! Donc on comprend (à quart de mot) qu’il veut attendre pour voir ce que donnera sa baisse de taux de 0,25% de juillet, tandis qu’il réduit les contraintes qui pèsent sur les banques. Il s’agit ainsi qu’elles fassent plus de crédit à l’immobilier, à la consommation et soient plus libres pour intervenir sur les marchés, avec leurs fonds propres, sans pour autant prendre trop de risques.

Attendre, c’est le message subliminal de Jerome Powell, pour que les marchés financiers comprennent ce « nouveau normal », aussi étrange que fragile : plus de 2% de croissance, moins de 2% d’inflation et 3,7% de chômage.

Mais l’incertitude majeure qui pèse sur ce fragile édifice s’appelle Trump, Jerome Powell parle plutôt d’ « événements géopolitiques » et d’interrogations sur les échanges ! Jamais en effet la politique ne s’est invitée autant dans les débats de la Fed, moins encore avec cette violence. Donald Trump ne cesse de critiquer la Fed et d’insulter son Président (qu’il a choisi), au prétexte qu’ils affaiblissent l’économie américaine et contrecarrent son plan qui vise à augmenter sa croissance en réduisant son déficit avec la Chine. Il veut que la Chine achète plus aux États-Unis (notamment des produits agricoles), respecte les droits de propriété des entreprises américaines (ne « vole » pas leurs brevets) et s’ouvre plus aux entreprises américaines, sans manipuler le yuan à la baisse. Que cela ! Pour y parvenir, Donald Trump alterne menaces, sanctions et signes d’amitié. Au début la Chine cherche à composer, mais vient de changer d’attitude : baisse du yuan, hausse des taxes sur les importations américaines. Et Donald Trump rétorque alors en demandant aux entreprises américaines de rentrer au pays !

Jerome Powell veut prolonger la croissance, dans cette « nouvelle ère », en cherchant à s’engager plus encore sur le futur et en économisant ses cartouches (ses taux d’intérêt) pour que l’inflation remonte un peu, donc les taux longs. Mais Donald Trump trouble son jeu. Il inquiète, avec sa rixe avec la Chine pour la dominance mondiale, fait baisser la bourse et les taux longs. Il demande donc à la Fed de baisser ses taux. Mais, si la récession vient plus tôt qu’avec la politique que tente Powell, comment la freiner ?

Facile répond Trump : acheter des bons du trésor américains et baisser les taux, avec Powell ou sans. Donald Trump, avant de partir au G7 de Biarritz, a d’ailleurs annoncé qu’il ne l’empêcherait pas démissionner. Il doit s’en douter…


Atlantico

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