Est-ce que l’économie mondiale s’asphyxie ?

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Oui, si elle continue comme ça ! L’économie mondiale a de moins en moins de croissance et d’inflation, avec pourtant des taux d’intérêt très bas, qui devraient aider ! Alors, le monde n’aura-t-il plus le moyen de se soigner en baissant les taux, si l’économie fléchit encore ?

Est-ce que l’économie mondiale s’asphyxie ?

© Reuters

 

D’abord, le monde ralentit partout. On compte 2,6% de croissance en rythme annuel aux États-Unis au premier trimestre 2019, après 4,2% puis 3,4% aux troisièmes et quatrième trimestres 2018. Viennent une baisse de 5% des commandes de machines au Japon en janvier et 0,8% de croissance en rythme annuel seulement en zone euro ce début d’année. En février, la production industrielle chinoise monte de 5,3%, la croissance la plus faible sur 17 ans.

L’inflation, aussi, ralentit partout. 1,5% d’inflation aux États-Unis, c’est le chiffre le plus bas depuis septembre 2016, bien loin du 2,8% de juillet 2018. Il légitimait alors la séquence de hausses de taux de la Fed, la Banque centrale américaine, qui vient de s’arrêter. 1,5% d’inflation en zone euro et 0,2% au Japon : nous sommes très loin de la cible de 2% ! Partout la croissance est faible et faiblit. Nulle part on ne voit d’inflation au-delà de 2%.  Est-ce que la lutte contre l’inflation est réussie sans récession, et qu’il n’y aura donc plus de hausse de taux ?  Et ceci même en plein emploi aux États-Unis, avec un taux de chômage à 3,8%, comme en Allemagne (3,2%) ou au Japon (2,5%) ! Le lien croissance-emploi-inflation est-il cassé ?

Les taux sont au plus bas : que faire face à un ralentissement supplémentaire ? Les taux d’intérêt sont à 2,25% aux États-Unis, de quoi mener deux ans de baisse des taux, mais ils sont à -0,1% au Japon et 0% en zone euro ! Dans les temps anciens, avant la crise de 2007, la récession venait de la montée de la dette, surtout privée, qui faisait monter les salaires et l’inflation, puis les taux d’intérêt montaient, pour freiner l’investissement et la consommation qui galopaient à crédit. Alors, quand venait la récession, les taux baissaient, le déficit budgétaire montait, les hausses de salaires disparaissaient (allant jusqu’à des baisses, comme en Espagne ou en Grèce) et le chômage explosait. Avec le temps et dans la douleur, le « système » se réparait. Mais maintenant ? Comment faire avec des taux si bas, sachant que la dette privée a partout monté, et aussi le déficit budgétaire !

La BCE est-elle désarmée ? Non, dit-elle, mais elle s’est mise en fait à la remorque de la Fed. Pendant combien de temps pourra-t-elle jouer les prolongations avec son taux à 0%, son taux de dépôt négatif, le maintien de son portefeuille de bons du trésor et le financement des banques à des conditions super privilégiées, sans déclencher d’oppositions, si la Fed n’augmente plus ses taux ? Pendant combien de temps les pays du nord, avec l’Allemagne par exemple, accepteront-ils de financer des pays qui ne font pas de réformes, voire accroissent leurs déficits publics, comme la France par exemple ? Mario Draghi répète que la trousse à outils de la BCE ne cesse de s’étoffer (politique des taux courts, forward guidancequantitative easing, TLTRO), mais on pourra lui rétorquer qu’elle est faite pour aider les pays à faire les réformes, pas pour ne pas souffrir s’ils ne les font pas ! Les « taux trop bas trop longtemps » sont critiqués comme poussant à l’excès de dette et à la survie d’entreprises inefficaces, mais ils sont plus néfastes encore s’ils entretiennent les états à ne pas réduire leur déficit, ni à mener des politiques renforçant la croissance privée. Certes, grâce à « l’effet Mario Draghi », les anticipations de prix à terme ne décrochent pas trop de 2%, s’établissant à 1,9%. Marchés et experts pensent (ou croient, ou espèrent) que la faiblesse des prix va se compenser sur trois à quatre ans. Mais rien ne dit que le futur Président de la BCE aura le même talent, ni la même aura. En fait, Mario Draghi balise la politique monétaire à un an au moins pour les taux courts, fixée jusqu’à mi 2020, et à mi 2023 pour les taux bancaires, par l’effet des TLTRO. Mais la BCE ratera alors, encore, son objectif de prix !

La Fed, inquiète, se prépare, elle, à un jeu nouveau et dangereux : vouloir 2,5% d’inflation. Nouveau jeu, car elle n’est pas satisfaite de ses résultats. Jeu dangereux car, avec Trump et les marchés, l’environnement lui est défavorable. Et si elle rate ? D’abord, la Fed n’est pas contente de sa faible inflation. Jerome Powell a beau répéter que son objectif d’inflation à 2%  est symétrique : entre « 2% + quelque chose » et « 2% moins quelque chose », il n’atteint pas ce « 2% + quelque chose ». Alors Donald Trump lui dit d’arrêter de monter les taux (ce qu’il fait), certains experts lui demandent de les baisser. Mais Jerome Powell se lance dans une autre démarche. Il veut maintenir plus longtemps sa politique accommodante, pour que plus d’emplois soient créés, plus de hausses de salaires soient accordées, donc que l’inflation aille vers 2%, en dépassant ce chiffre. L’idée n’est plus d’avoir « une cible annuelle d’inflation » mais « une cible de prix », sur moyenne période. Pour dire qu’on atteindra 2% en moyenne, il faut dire qu’on veut plus que 2%.

Et si cette stratégie rate ? Comment les marchés obligataires, aujourd’hui à 2,6% pour les bons à dix ans du trésor américain, vont-ils réagir face à une inflation qui grimperait à 2,5% ?  Un krach mondial ? Inquiète de perdre sa crédibilité et poussée par Trump à faire plus de crédit moins cher, la Fed avalise déjà la montée du déficit budgétaire et des salaires. Ils avancent dans les services alors que l’industrie souffre, avec les tensions commerciales avec la Chine. Et la Fed veut continuer à soutenir la construction.

La Fed joue ce jeu dangereux, en partie pour contrebalancer celui de Donald Trump, mais ceci n’aide pas ! La zone euro (sans oublier le Brexit) et le Japon attendent un accord avec la Chine. Pendant ce temps, la révolution technologique avance, mettant des milliers d’emplois en péril. Car cette asphyxie se traite par l’oxygène de la formation, pas par la « pompe à phynances » !


Atlantico

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