Alerte Tocqueville : ces libertés économiques et politiques auxquelles ne cesse de renoncer la société française sans trop y réfléchir

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Alors qu’est examinée la proposition de loi Avia sur la lutte contre le contenus haineux et que le gouvernement envisage de réformer la loi de 1881 sur la liberté de la presse, il devient tentant de paraphraser Churchill sur le déshonneur et la guerre au lendemain de Munich : "vous avez voulu éviter les risques économiques et sociaux au prix de la liberté ? Vous avez perdu les libertés et vous aurez la réalisation des risques".

Alerte Tocqueville : ces libertés économiques et politiques auxquelles ne cesse de renoncer la société française sans trop y réfléchir

© LIONEL BONAVENTURE / AFP

 

Les politiques publiques mises en œuvre ces dernières années (en France en particulier) ne privilégient-elles pas systématiquement la protection ou une forme de pseudo-efficacité sur la volonté de défendre une forme de liberté économique ? Si oui, comment expliquer cette forme de crispation économique ?  

Jean-Paul Betbeze : Il n’y a pas de liberté économique sans les moyens de cette liberté. Notre monde économique vit une révolution technologique majeure, à l’instar de celles de la vapeur ou de l’électricité. Elle prolonge et accélère la mondialisation des échanges qui avait soutenu et réparti la croissance, des pays industrialisés aux pays émergents, entre États-Unis et Chine notamment, avec un creusement des écarts de situation au sein de chaque pays. C’est ce couple révolution technologique – mondialisation qui pèse aujourd’hui sur la croissance et l’emploi et amène aussi avec lui toutes les tensions que l’on voit, dans les échanges et les avancées technologiques, autrement dit dans les conditions de leurs protections. Les guerres des tarifs douaniers et des normes, des brevets, des instances juridiques, qui ne cessent de monter, avec celles des taux d’intérêt et de change, pèsent partout sur la croissance mondiale et l’emploi, menaçant l’édifice de nos libertés.
Pour sortir de cette dérive, il faut former les salariés, permettre certes plus de marges et de souplesses aux entreprises, mieux former les jeunes, mais surtout dire ce qui se passe et énoncer les enjeux. C’est donc, en même temps, qu’il faut protéger les droits des personnes et des biens, c’est-à-dire investir plus que jamais dans la protection, au sens militaire du terme, des marchés, contre les attaques classiques et modernes qui se développent. Protéger n’a de sens que si on forme mieux et se renforce plus, dans un monde où les acteurs sont plus conscients des enjeux, mieux équipés et désireux de les défendre. Un monde libre est économiquement instable ; s’il est stabilisé, c’est qu’il n’est pas libre. C’est dans cet « entre deux » qu’il faut agir et avancer.


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